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Arnold Pasquier aurevoiretmerci

Arnold Pasquier aurevoiretmerci

Vidéo | 05:14 | France

Le texte pour dire ce travail pourrait s’écrire en articulant des titres des nombreux films d’Arnold Pasquier qui, à chaque fois, y fait sa respiration, dans l’acception première de cette prise d’air indispensable pour vivre, et pour cette prise d’air, pour vivre, il faut aimer.
La leçon, sans leçon car Arnold n’est pas un donneur de modèle, c’est prendre à bras le corps, aimer à chaque fois le projet en lequel on s’insère. Il avait dit pour Aurevoiretmerci : “Pina Bausch danse et je filme”, dans la simplicité de la chose inéluctable, allant de soi : si Pina danse alors je fais film d’elle.
Sa pratique filmique est très précoce, dès le collège, films en Super 8 et durant l’été 86, location d’une VHS pour, en un seul jour, faire ce film dont le titre atteste qu’il y s’agit de faire trop avec ses amis Angela, Denis et moi. Elle est si nécessaire qu’elle est sa seconde naturalité. Il la considère comme son “moyen de se rapprocher des autres”. Il n’abandonne jamais la caméra en en déclinant les techniques successives Super 8, DV, DVcam, mobile…sans se prendre au mirage de la technicité car ce n’est pas la maîtrise de la machine qui importe mais la relation avec le filmé.
Il est happé par le sujet…jamais son référent n’est ravalé à un statut de thème mais pris en un rapport personnel, fort, où lui et l’autre forment un duo cinématographique. Il compose avec ce qui est, qu’il aime ; ses désirs d’être pleinement en l’espace, de l’embrasser l’ont conduit à la danse et aux films de danse ; aux voyages et aux films de lieux ; à l’architecture et aux films de l’espace bâti ; aux amours et aux films amoureux.
Ses films gardent la chair de l’avoir fait, de l’avoir été dans le désir de le faire faire, de le faire être encore et toujours…sans doute, la si douce nostalgie qui affleure de ses plans vient-elle de cette utopie.

Un plan fixe dont l’espace est dévoué à la gestuelle de la danseuse , visage imperturbable, costume simple de la ville noire et queue de cheval qui étaient aussi sa signature. Il privilégie le buste, en accord avec cette chorégraphie aux grands mouvements des bras, penchements de la tête, à la fluidité du haut du corps. Les mains contournent le menton, les joues et s’envolent. Fond noir ou coloré vert gagnés par la neige de la vidéo en basse résolution gardent des grands poissons rouges qui évoluaient sur le mur du théâtre, que la souplesse de l’évolution.

Jamais cette déclaration d’admiration amoureuse n’échoue dans le constat faussement fidèle : un léger flicker détache Pina Bausch attestant que d’elle on ne peut que composer une trace, que le film n’enferme pas le vif mais l’offre au désir inépuisable à entendre/voir/vivre puisque le sujet n’a jamais été arrêté.

Eux-aussi, légèrement perturbés par la distorsion de la vidéo, des bruits ambiants de la salle, l’Adagio de Barber et une chanson allemande de cabaret se font le fond d’un “c’est l’amour” susurré. L’acte vidéo amoureux glisse des Postec, pour les Cahiers d’Á bras le corps : “Faire du cinéma, c’est trouver la juste distance entre son désir et le corps de l’autre, dans un endroit précis. Ce n’est pas très difficile, c’est comme embrasser ou faire l’amour. On essaye, c’est bien et pourtant on recommence toujours”.
Aurevoiretmerci dessine son titre en miroir, en le dupliquant pas son enversicremterioverua. Projeter cet opus à la Chapelle des Carmélites, ainsi qu’un tableau mouvant et en musique poursuit la translation des arts.
Danse / théâtre / musique / vidéo / tableau tout en acceptant l’offre du recommencement d’une telle expérience sensible. La boucle y intensifie ce à nouveau “ici et là” toujours à reprendre, du solo de Pina Bausch : Danzon, pris par Arnold ce 21 juin 2001, au Théâtre de la Ville, Paris. Puisque le temps est mouvement comme l’amour.

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