Blog Post Image: Aurélie DUBOIS – <em>The Corridors</em>

Aurélie DUBOIS - The Corridors

Aurélie DUBOIS – The Corridors

Vidéo | 12:00 | France

Les Corridors dont le pluriel connote de nombreux passages qui conduisent vers…. s’ouvre sur des escaliers soudain immergés, des chambres aux tiroirs de commodes débordant, des salons aux canapés sous des tapisseries mille fleurs avec animaux étranges, des champs aux monuments faits de carrés de paille superposés, des églises jusqu’au confessionnal …
Les étapes en sont mentionnées par des cartons annonçant des

pièces dites bleue, verte, grise sans que les murs abîmés soient ainsi peints, amorçant le jardin mais aussi « eau bénite », « repentir » ou « pleine conscience »… le lieu est aussi celui de la pensée, des sentiments, lieux intérieurs. Et malgré l’itinéraire, le point final est le point de départ, la même amorce dans l’escalier avec la même personne, impassible puis faisant la même mimique de tirer la langue.

Le grain de l’image, ou l’éblouissement par le rayon du soleil, ou le léger flou d’un très gros plan attestent l’usage d’un matériel simple, une caméra grand public mais il répond pertinemment à un objet artistique très personnel, il glane d’autres images : divers tableaux accrochés, la tapisserie, un dessin-autoportrait sur une table, tel reflet dans le miroir, des paysages intérieurs, la maison et l’église dans la pénombre trouée d’éclats blancs et extérieurs dans le soleil éblouissant et ce, en adoptant la déambulation d’une étrange personne désignée par le générique comme Human Behavior/Comportement humain quoique dénommée Huu Nghia Tran. Personne que les amoureux du travail photographique de la réalisatrice reconnaissent mais qui ici, sans paroles, chaussée de sandalettes à lanières dorées, en slip à fleurs étroit, bâillant à l’entre-jambes, traverse les espaces, s’étire, saute, fait d’étranges moulinets avec les bras, monte sur la table, court à travers les arbres, nage, tente de s’élever, qui en communiante s’agenouille au confessionnal ou frôle des monuments de foin dans les champs, qui, en robe légère jaune à plis, tourbillonne dans le verger en une étrange danse.

Etrange occupation de l’espace dont le ralenti dans la montée, la descente des marches et autres déplacements, parfois à l’envers, à reculons, surenchérissent le décalage en perturbant aussi le temps qui revient sur lui-même, détache des moments par des flashes blancs, ou alterne, lors du retour à la maison, les plans couleurs à des plans surexposés ou teintés en très léger sépia. Le temps échappe à la mesure sociale. Loin de tout canon esthétique, le corps malingre aussi s’en évade dans son étrange chorégraphie de vie, visage le plus souvent impassible parfois souriant, riant en pleurs, ou pleurant en rires, le regard vide parfois adressé, les cheveux flottants… ou caressés.

Cependant une voix masculine over glose au plus près, les déplacements de cet androgyne ou, commente le « désordre des sens et du signe ». Celle de Daniel Androvski, qui se fait écho de ses écrits de psychanalyse qui définissent « l’insexualité » comme « le refus d’un statut identitaire donné à la sexualité (puisque) la sexualité n’est pas modulable en une identité pour hétérosexuel, bisexuel ou homosexuel. Le sexe est une anatomie à combinaisons multiples qui n’a rien à voir avec la sexualité au même titre que la sexualité n’a rien à voir avec l’identité ». Cependant, le texte n’assène pas de concepts difficiles, leur préférant les chemins du poétique. L’être suit ses mentions du « je veux jouir » et « je veux me reproduire » en tendant deux petits papiers manuscrits de tels désirs, marqués du petit cœur naïf des amoureux ; il est alors dans sa robe blanche et il cache ses désirs entre les bottes de foin comme on glisse des vœux dans le Mur des Lamentations. Le plus loin qu’il se peut d’un projet d’identification tel que la fiction le cherche, cette œuvre nous implique totalement dans la reconnaissance de l’être de l’autre-autre, dans le bonheur du surprenant.