Blog Post Image: <strong>Corinne Agustin</strong> – <em>Déclaration silencieuse</em>

Corinne Agustin - Déclaration silencieuse

Corinne AgustinDéclaration silencieuse

Photographie | France

L’inceste

« La marque de la chair, crie, rebondit, s’enroule, paraît fragile, m’avale trop vite dans son gouffre, efface mon âme survoltée.  »

(texte composé à partir des titres de tous les autres poèmes)

La photographie complète ma pensée, colore mes mots, me permet de souligner par une perception visuelle le sens et l’essence du malaise permanent. Je retrace mon cheminement intérieur. Par ce médium, je veux faire comprendre l’ampleur de la destruction psychologique par ceux qui savent et qui imposent le silence.

Je travaille instinctivement. Mes œuvres sont avant tout fondées sur mes émotions, transférées sur les sujets et les modèles
photographiés. La nourriture, les objets de mon quotidien, les jouets, l’eau et le corps sont mes sources d’inspiration et mes 
thématiques principales dans cette série sont la boulimie, la souillure, le silence, la mémoire et la foi.

Il m’est apparu important de traiter le sujet de la boulimie. Il s’agit là d’un des symptômes très fréquent chez les victimes d’abus sexuels. La photographie intervient dans mon quotidien afin de pointer du doigt le malaise permanent lorsqu’on est enfermé dans le silence. Mon ancien comportement alimentaire révélait une identité volée qui se cherchait et n’arrivait pas à grandir. Il traduisait cette ambiguïté entre cette envie de vivre et cette énorme déchirure de l’âme. La pourriture, les déchets, les objets cassés, abîmés et/ou souillés me renvoyaient mon image de cette époque : mi-enfant/mi douleur. Mes photos étaient des autoportraits, des facettes de mon être.
À travers une recherche plastique et poétique, j’exprimais le dégoût de mon propre corps qui était devenu une prison.
Un quotidien ou le cauchemar et le rêve se confondaient dans l’ordinaire.
J’évoque le souvenir de l’agression grâce à la métaphore de la poupée qui se noie. Ce jouet revêt une grande importance dans l’ensemble de mes travaux de cette époque. Ce sujet me permettait de cristalliser mes souffrances et mes rêves d’enfant. Je m’identifiais à cet objet que je transformais et que je mettais en scène.
La libération de la parole et des images, associée à ma foi, m’a permis de réaliser une grande étape de ma résilience à travers ce travail d’expression photographique et textuel.
La thématique de l’eau me permet de parler du blocage de la mémoire, des souvenirs qui refaisaient surface de manière plus ou moins claire, tels des flashes. Elle est aussi purificatrice, source d’un repos tant désiré. L’eau engourdit, apaise et apporte l’oubli momentané. Elle est silence, à la fois refuge et source de mort. Je peux grâce à elle plus facilement accéder à l’intimité du corps et de l’âme.
J’ai utilisé un appareil Réflex équipé d’un objectif lumineux. Je cherchais à m’approcher de la vision de l’œil humain, sans aucun filtre. Mon but était d’obtenir une plus grande spontanéité dans mes clichés.
La couleur était utilisée afin d’attirer l’attention sur des sujets repoussants ou dérangeants. Les cadrages étaient relativement serrés et participaient à la création d’une proximité inhabituelle entre le spectateur et certains sujets traités. Mes compositions servaient ma sensibilité à fleur du cœur et de peau.