Blog Post Image: Le Journal / Dialogues & Interstices

Pauline Le PichonLe Journal / Dialogues & Interstices

Photographies | France

Journal 62 est issue d’une série de 500 autoportraits pris de mars 2013 à septembre 2014. Chaque image dévoile une action du quotidien : se maquiller, attendre le train ou étudier… Ce sont des gestes et des moments que je vivais réellement et que je reconstituais pour la prise de vue. La photographie garde ainsi trace d’une fictionnalisation de mon quotidien et une intimité sélectionnée, composée et faussée. Malgré son titre, mon Journal détourne les codes du journal intime défini, lui, comme un recueil de confidences écrit secrètement ; contrairement à un journal intime censé rester privé, ce travail se construit en fonction d’une vision extérieure puisqu’au fur et à mesure de la réalisation de cette série, je me suis créé un avatar, ainsi chaque photographie marque-t-elle une frontière entre ce que je fais découvrir en photographie et ce que je vis dans la réalité. L’appareil photographique témoigne d’une scène de vie : je me sais photographiée et j’agis, je pose en fonction de ce regard mécanique.

Le Journal a été influencé par les autofictions de Fernando Pessoa – Le Livre de l’intranquillité de 1982 – et de Sylvia Plath – La Cloche de détresse de 1963.

La série Dialogues & Interstices, quant à elle, interroge les limites très fines entre la photographie et le cinéma et, surtout, entre vérité et fiction. Pour ce faire, j’ai photographié mes proches et mes connaissances dans leur environnement puis, lors du traitement des images, j’ai ajouté des sous-titres. Ainsi, les modèles deviennent-ils des acteurs auxquels sont attribuées des paroles, des pensées et qui perdent tout contrôle sur leur identité. Ce travail se réfère au livre d’Erving Goffman La Mise en scène de la vie quotidienne qui argumente que lorsque nous sommes face aux autres, nous nous comportons comme des acteurs. En effet, ce projet renforce l’idée que la vie réelle n’est qu’un acte et qu’elle repose souvent sur des mensonges et des manipulations.

Le titre Dialogues & Interstices ouvre plusieurs sens : d’abord les dialogues de film, mais aussi les dialogues entre les photographies qui, dans le cas contraire, s’avèrent des interstices. Les dialogues sous-titrés mettent en relation les personnes photographiées. Les photographies de Dialogues & Interstices mêlent un rapport entre visuel et textuel par lequel chaque image s’envisage comme une bribe de vie ou comme la trace d’une seule histoire unique.

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