Les quatre récits d’Alice

Myriam Jacob-Allard Les quatre récits d’Alice

Vidéo | 05:30 | Canada

Dans Les quatre récits d’Alice, Myriam Jacob-Allard explore un récit qui, par sa prégnance, s’est inscrit au patrimoine familial. Ce récit, maintes fois relaté par sa grand-mère, raconte une histoire invraisemblable d’ouragan, digne du Wizard of Oz, qui, enfant, l’aurait emportée, l’aurait fait s’envoler.

Quatre moniteurs vidéo dont l’image est scindée en deux donnent à voir d’un côté l’artiste en lectrice de bulletin météo sur un fond vert plutôt amateur et, de l’autre, des images repiquées sur le net qui documentent des tornades et des ouragans. Myriam Jacob-Allard, en lectrice météo, fait du lip sync sur une histoire narrée par sa grand-mère. À sa gauche, défile un montage/collage d’images qui illustrent le récit. Les codes télévisuels du bulletin météo s’avèrent vite secondaires pour céder la place aux quatre différentes versions de l’histoire relatées par la grand-mère que l’artiste a enregistré sur dix ans. Au fil des ans, l’histoire change, les points saillants demeurent mais la séquence des événements diffère et, curieusement, plus le temps passe, plus le récit s’éloigne, tantôt la grand-mère dit avoir 14, puis 13, 12 et 11 ans. Les quatre récits d’Alice, dans ses multiples ramifications devient une sorte d’essais sur la mémoire, la transmission et l’appartenance. En reprenant à répétition les diverses moutures du récit d’Alice, Myriam Jacob-Allard fait sienne cette histoire. Une appropriation que le lip sync incarne, tout en appelant le détachement tant l’exercice semble exigeant. Une distance qui parle de la subjectivité de la mémoire – un peu comme la grand-mère qui se distancie de plus en plus dans le temps de son propre récit et le modifie -, ainsi que de la nécessité d’un ancrage dans la construction de l’identité et de la volonté de s’en émanciper pour évoluer. En filigrane se dessine le potentiel d’universalité qu’a le récit intime mais aussi, signe des temps en ces temps de grande uniformisation, le désir profond de renouer – voire de s’inventer – une histoire qui nous serait propre, singulière.

– France Choinière

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