HEISEI 28 (or on the fake and praised death of the ink)

Jean Sadao HEISEI 28 (or on the fake and praised death of the ink)

Vidéo | 16:15 | Japon

Heisei 28 ou Japon, 2016 puisque Hesei en est le nom de l’ère actuelle, depuis 1989, quand l’empereur Akihito succéda à son père Hirohito et que 28 correspond à notre année 2016 ; ainsi l’action menée dans/pour cette vidéo performative s’inscrit-elle fortement dans la réalité de la ville contemporaine mais en s’en éloignant dès l’option du noir et blanc alors que “Hesei” porte le désir de paix, celui de “l’accomplissement” de la paix. Elle le fait en s’actuant sur une terrasse ouverte sur les grands immeubles de Tokyo où dès l’incipit, une jeune fille se maquille face à un miroir posé sur une table à ciel ouvert avant d’être rejointe mais comme en deux lieux parallèles, par une puis deux puis trois autres personnes. Leurs divers comportements s’éloignent de l’attente voire se lisent en métaphores qui entraînent dans la pensée japonaise. Des gestes inattendus conduisent des lectures au-delà. La jeune fille peaufine tout au long, le maquillage de ses yeux, recourbant les cils, dessinant le contour des paupières comme absente des autres préoccupations. Après s’être assise, elle glisse sa main sous sa jupe, jusqu’au bas de son ventre, et l’en retirant, elle y constate un liquide qui pourrait être du sang mais que l’implication du second performer, l’artiste Jean Sadao, lui-même, ainsi que le titre reconnaissent comme de l’encre noire. Cela réveille l’écho d’un des chefs-d’œuvre de la littérature japonaise du XIIème siècle, le Hojoki du poète-ermite Kamo no Chomei dont le titre peut se traduire comme Notes de ma cabane même si le texte énonce les tremblements de terre comme la famine ou les incendies. Les pages en édition moderne sont tournées par le performer au visage imperturbable, alors qu’une voix off dit le caractère éphémère des choses et la frêle condition humaine jusqu’au mot “silence” qui provoque la chute au sol du performer. Inverse aux mouvements urbains, le tempo lent des actions d’une seconde femme vêtue en pantalons et chapeau blancs et pieds nus et de Jean Sadao les transforme en rituel, rituel de rapprochement des pratiques artistiques et des temps. Lui-même assis suit le texte et recrache de la peinture en veillant à sa retombée sur les pans successifs qu’elle a accrochés au cou de l’artiste avant de les lui enlever lorsqu’elles sont devenues peintures nées des traces et coulées d’encre. Le noir en peinture abstraite mais selon le mode du kakemono accroché avec de simples pinces, se balance selon le vent.
Le miroir du maquillage a cependant capté le performer, en une première mise en abyme de ce ” fake” annoncé par le sous-titre, elle le récupère avant qu’il ne disparaisse comme chacun le fait selon la pensée de l’éphémère de la vie. Éphémère et dérisoire comme les bulles de savon qu’une petite fille, elle aussi en robe blanche, souffle lorsque l’officiante peint à coups de brosse le corps du performer au sol et qu’une seule peinture oscille.
Des réverbérations – à l’image du miroir- de la pensée actuelle et du passé – la musique se scande sur un air traditionnel- ainsi que du temps dans lequel il vit, croisent les lectures symboliques, les échos du littéraire et des peintures en une performance qui s’écoule ainsi qu’une rivière avec ses mouvements régis par la berge mais fluides et passagers. Et la rencontre de tous ces pôles de création qu’elle soit l’artifice du maquillage susceptible d’éveiller en nous le souvenir de l’éloge qu’en fit Baudelaire, qu’elle soit d’action painting, qu’elle soit de performance lecture de textes anciens se fait subrepticement, encore, dans la superposition fugace des deux registres de la jeune fille et du performer. .

Heisei 28 is 2016 in the current era of Japan. The video starts with a young girl doing her makeup in front of a mirror on a table in a terrace of Tokyo. Suddenly she feels a stab of pain in her lower abdomen and put her hand in her skirt. When she pulls it out, she realizes there’s black ink on it. his unexpected event gives birth to a fictitious performance of the artist himself, based on an ancient Japanese Literature masterpiece, the Hojoki (An Account of My Hut) written by poet and hermit Kamo no Chomei (1155-1216). The artist shoots the young girl and himself during his performance with an intentionally slow rhythm like a sort of ritual and through the symbolic adoption of mythological, literary and artistic cross references, seems to create a a kind of philosophical reflection on his origin and the time he lives in.”

Site de l’artiste