Impromptu lyrique

Claire-Lise Bouton & Alexis Garcia Impromptu lyrique

Performance | France
1) Agni Parthene – Saint Nectaire d’Égire
2) Flow my tears fall from your springs – John Dowland
3) Ideale – Francesco Paolo Tosti

Traverse aime la voix, les voix…elle les invite dans sa programmation, dans des lieux idéaux conçus comme espaces de résonance voire d’amplification comme une chapelle baroque qui lançait ainsi ses chants vers Dieu ou dans des lieux où on apprend et dès lors, pourquoi ne pas y lancer le désir d’entendre des musiques qui y sont peu fréquentes : un lycée.

Une mezzo soprano et un ténor, un duo appréciable formé de Claire-Lise Bouton et d’Alexis Garcia, étudiants au Conservatoire et pourtant déjà si maîtres de leur tessiture. Visage levé sans affèterie, ils font corps avec leur partition. Sensibilité de voix sincères qui atteint ceux qui se rapprochent imperceptiblement jusqu’aux marches de l’autel, qu’elles disent la peine ou la prière puisqu’elles sont musique.

Un duo : Flow my Tears fall from your springs, un solo d’elle: Agni Parthene, un solo de lui…John Dowland, Saint Nectaire d’Egire , Ideale de Francesco Paolo Tosti, décalage spatial et temporel et de genre entre ces trois airs, un même bonheur des interprètes et des auditeurs.

Dowland appartient à l’époque élisabéthaine, celle de la première Elisabeth d’Angleterre, au XVIème siècle, l’époque riche artistiquement, et en paix civile : ce sont en théâtre Shakespeare, Marlowe, Ben Jonson… en musique Thomas Tallis, William Bird, John Dowland … Celui-ci luthiste et compositeur écrit des pièces chantées et des œuvres instrumentales pour violes et luth dont la plus connue, Lachrimæ or Seaven Teares Figured in Seaven Passionate Pavans/Pleurs ou Sept larmes en sept pavanes passionnées se fond précisément sur Flow My Tears/Coulez, mes larmes ; pièce des plus connues de la musique pour ensemble instrumental de cette époque et l’un des grands succès du XVIIème siècle. Chant pour partie en composition continue, aux paroles compréhensibles même dans les variations vocales heureuses alors même que le compositeur est dit le chantre de l’élégie, « lamentable » ce qui alors s’entendait comme délicieusement affligé, dolant, mélancolique. Et de là au jeu de mots répandu alors Dowland « Semper Dowland semper dolens /Toujours Dowland, toujours dolent “

Claire-Lise entonna le second air : Agni Parthene/ Ô Vierge Pure qui aurait été dicté, au XIXème siècle en Grèce, à saint Nectaire d’Egine, par la Vierge lors d’une apparition… cet hymne convoque en litanie, les vertus de la Vierge à chanter par les anges ; des enregistrements par des moines du Monastère de Simonopetra l’ont fait grandement connaître et fait traduire en plusieurs langues voire en ont fait adapter la mélodie. La jeune voix en modula les phrasés nous enveloppant dans la reprise harmonieuse.

Alexis fit découvrir une œuvre moins souvent citée et pourtant interprétée par Carlo Bergonzi, José Carreras ou Luciano Pavarotti mais aussi des sopranos et à son origine au XIXème par un castrat Alessandro Moreschii ou par Caruso et encore Nellie Melba ; une œuvre hommage à l’idéal qu’il soit d’amour ou conceptuel que peuvent décliner autant de diverses typologies vocales : Ideale de Francesco Paolo Tosti. Les mains d’Alexis à l’unisson du désir chanté, ses yeux fermés disent le bonheur de chanter, de lancer ainsi sans cet espace qui n’attend que les voix pour lui aussi vibrer plus encore.