Où est le féminin ?

Amandine Julien Où est le féminin ?

Installation | 21:04 | France

Hors-champ : la mémoire. Hors-cadre : le tabou de l’inceste.
Autoportraits en tirages argentiques, peu à peu mordus dans des bains d’acide, peints à l’huile rouge sang, pour exprimer « l’imparlable ».
Dans les méandres de la mémoire traumatique en une sorte d’hypnose, le corps des mots retrouve le corps des images, se confronte, se désagrège, se cherche inlassablement.

« Quand j’étais petite, j’avais une idée obsédante en tête… je voulais inventer un casque qui permettrait aux autres de ressentir ce qui se passait à l’intérieur de moi.
Depuis, je crois que c’est ce que je n’ai jamais cessé de chercher : un moyen d’expression pour réussir enfin à partager la foule d’émotions, d’histoires, de sensations qui me parcouraient, et qui par moments m’auraient presque assaillie si je n’avais pas trouvé un moyen de canaliser toute cette énergie !
D’abord il y a l’écriture, fidèle, qui m’a toujours accompagnée. Bien avant l’image, il y a eu les sons, l’odeur du papier, le crayon qui gratte.
Les mots qui sortent tout seuls… et puis parfois la lente gestation, les mots qui accouchent difficilement. Souvent ceux-là m’ont donné le plus de sens. En tout cas à mes propres yeux.
La photographie, elle, est venue plus tard, il y a une dizaine d’années. Un vieil appareil Minolta, un labo noir et blanc récupéré dans un garage et c’était parti ! Une nouvelle aventure qui m’a conduite jusqu’au cinéma, la réunion des sens sur un même médium, enfin !
L’important pour moi dans la création, c’est d’être toujours en recherche, c’est comme ça que je considère mon travail. Recherche des supports, de la matière, de la lumière. Alors je jongle entre les produits chimiques, les papiers aquarelles en découvrant les procédés anciens dits aussi « alternatifs » en photographie et m’extasie devant des lumières, des gestes, une musique que la caméra bientôt, enfin, réunit en un même endroit.

J’aime vivre avec cette idée que l’être humain se redécouvre et se recrée sans cesse, que les paysages de l’imagination et du rêve ne sont pas des « à côtés » mais précisément, au coeur de l’être, à la fois ce lieu obscur et lumineux, pareil à une vaste forêt, sombre, profonde, dans laquelle nous tentons d’avancer. Les faits en eux-mêmes ne m’ont jamais tellement intriguée. mais les mots ne sont pas à même de raconter ce que, à mon sens, seuls le cinéma ou la photographie expriment.

Ce serait comme placer une caméra dans un petit recoin du coeur et de la psyché. L’intériorité de l’être humain, le langage du rêve, du corps… c’est cela qui me séduit et que je voudrais raconter comme une histoire. Cette fine frontière, à cheval entre le réel et l’imaginaire, entre l’intérieur et l’extérieur, entre soi et le monde. »

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