Jean-Paul EspaignetLe nain Morgante

Jean-Paul EspaignetLe nain Morgante

Photographie | France
La distinction entre un nu pornographique ou un nu artistique dépend seulement du regard du spectateur.

Des œuvres comportant des représentations de corps dénudés ont souvent fait l’objet de polémiques. Tandis que les uns soutiennent que l’œuvre en question n’est pas de l’art, parce qu’elle est obscène ou indécente, d’autres répondent qu’elle ne peut être condamnée ni pour obscénité, ni pour indécence, parce qu’elle est de l’art.
Comment regarder d’un œil neuf ces peintures classiques, néo-classiques ou orientalistes dans lesquelles le nu masculin ou féminin, produit de notre civilisation occidentale, est omniprésent.
J’ai eu tout simplement envie de les confronter à un public qui ne leur sera probablement jamais proposé physiquement, géographiquement ou intellectuellement.
Ce sont de jeunes Cubains étonnés par la représentation de l’Amour de Westall, de jeunes Vietnamiennes peut-être admiratives devant une envolée de jeunes corps nus peints par Bouguereau, un couple de vieillards passant lentement devant une Vénus attirée par un satyre de Bronzino, deux seniors crétois bancals allant vers un nu superbe peint par Hayez, deux religieuses madrilènes marchant sur l’eau dans un harem peint par Gérome ou une file disciplinée de touristes vénitiens impressionnés par le nain géant de Bronzino.
J’aimerais que ces représentations virtuelles, et pourtant oh combien actuelles soient aussi étonnantes et détonnantes pour vous qu’elles l’ont été pour moi.
Des mondes séparent les mondes.
Dans la Grèce antique, l’homme nu était l’image d’une absolue perfection, le reflet d’un ordre divin. A la fin de l’antiquité et au Moyen Age, le réalisme apparent des nus antiques, la régularité de leurs traits et leur pouvoir érotique sont devenus incompatibles avec la religion chrétienne.
La signification des nus est généralement négative : péché, renoncement au monde, dénuement au sens de pauvreté, malheur et mort.
Le nu positif, signifiant beauté, fécondité, prospérité, force, désir ne se retrouve qu’à la Renaissance.
De 1536 à 1551, à la demande de Clément VII puis de Paul III, Michel-Ange exécute le Jugement dernier avec quelque 400 figures mais les nus scandalisent certains, comme Paul IV (1555-1559), qui fait cacher certaines parties des corps par Daniele Ricciarelli, (1509-1566), assistant de Michel Ange, qui fut surnommé «Il Braghettone/le culottier».
Dans le néo-classicisme c’est l’Antiquité gréco-romaine qui constitue la toile de fond et la source d’inspiration de ces nudités.
L’orientalisme, issu en partie du romantisme, introduit érotisme et animalité. L’étrangeté de l’espace, le pittoresque autorisent la représentation de nouvelles nudités où la sensualité n’est non seulement tolérée, mais recherchée.
L’histoire du nu est loin d’être terminée, elle cristallise dans notre temps présent et celui à venir toute les contradictions du monde.
On ne saurait mentionner tous les artistes victimes de la censure religieuse, politique ou même artistique. S’y trouvent Michel-Ange, Le Caravage, Watteau, Courbet, Picasso, Manet, Dürer, Dix et tant d’autres.
De nos jours des artistes contestataires, des féministes ou des organisations écologistes se montrent nus pour se faire entendre. Les réactions des pouvoirs diffèrent d’un pays à l’autre Mais le nu garde tout son pouvoir frondeur et bien souvent révolutionnaire.

Jean-Paul Espaignet 2017

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