J’ai ensuite pensé que l’idée ne suffisait pas

Michaël Jourdet J’ai ensuite pensé que l’idée ne suffisait pas

Vidéo | 06:35 | France

« La clarté, la simplicité naturelle, avec lesquelles ce jeune artiste met à nu les voies intestines de la création d’une œuvre, de cette opération a priori mystérieuse qui va de l’idée à l’objet fini, rien ne nous est caché : l’élan, l’essai, le retour arrière, l’ajout, l‘écart, le retour arrière, avancer, poser, réfléchir, nettoyer, recommencer autrement ; pas à tâtons mais dans une tension indirecte et ferme à la fois, vers la pureté de l’essentiel, un désir tendu tel que chaque pas en avant, chaque tentative sont aussitôt remis en question par l’aveu “J’ai alors pensé que l’idée ne suffisait pas” qui vient scander ces 6 minutes 52 de privilège, comme rarement offert par les pièces d’art contemporain. Celui d’accéder à l’intimité inouïe d’un accouchement vu de l’intérieur, de la mise au jour de la pensée et du geste qui à leur tour donnent vie à une œuvre et la poussent jusqu’à ce qu’elle soit en pleine lumière face au regard des autres. Comment la pensée taille à partir de rien ou presque : une toile blanche qui reçoit la projection de son double lumineux et des mots pour le faire. Comment aussi induire les attitudes réflexes du public qui, à la fois, souhaite et redoute qu’on le prenne par la main pour franchir les embûches et les mystères de toute œuvre conceptuelle, par définition obscure, intimidante et rétive à la compréhension immédiate. Et comment les déjouer par ce retournement de gant continu et répétitif qui apprivoise et connecte les circuits cérébraux de l’adversaire jusqu’à ce que tout se mette en place et glisse en deux fluidités parallèles d’où l’émotion peut alors surgir : celle de l’artiste cheminant et celle du regard qui le découvre. »
Michèle Chomette, mai-août 2010

« À l’origine, cette installation s’appelait Monochrome blanc éclairé par sa propre image. Toile peinte en blanc, sur laquelle se projette une vidéo d’une seule image répétée, celle de la toile. L’ensemble se contentait de cette image de la toile projetée sur elle-même. Le rendu visuel était des plus minimalistes. J’ai ensuite pensé que l’idée ne suffisait pas. J’ai alors réfléchi aux possibilités offertes par la vidéo. Quelles nouvelles propositions permettaient le passage d’une image fixe à un plan fixe ? En m’appuyant sur le 4’33’’ de Cage, j’ai eu l’idée de faire durer la projection pendant 4 minutes et 33 secondes. Au silence des 4’33’’ de Cage répondaient alors 4 minutes 33 secondes d’exposition de vide de la toile. J’ai ensuite pensé que l’idée ne suffisait pas. Je me suis alors concentré sur l’idée de parasiter l’image fixe par une intervention inattendue. Au terme de mes réflexions, j’envisageais le passage d’une personne devant la toile filmée. Lors de la projection, cette personne aurait alors pu être affiliée à ces personnes qui perturbent le regard du spectateur en passant entre ce dernier et l’œuvre considérée. J’ai ensuite pensé que l’idée ne suffisait pas. »

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