High Wool

Moritz Mugler High Wool

Vidéo | 02:22 | Allemagne

Le western – le film de l’Ouest avec lequel l’Amérique visa à se construire une histoire de pionnier – fut aussi genre de BD… le passage s’opéra pour seul exemple, Blueberry de Giraud aux traits très près d’un Clint Eastwood ; plus encore le passage fut emprunté par certains scenarii et certaines figure emblématiques. High Wool se glisse dans cet itinéraire de médium en médium, pour un film cette fois d’animation et très étonnamment animation de laine. Le titre qui pourrait étonner quant au genre – la haute laine est réservée au Haut Genre, la tapisserie de haute lice, parfois cependant guerrière si on se souvient de la broderie de Bayeux – ce titre est pourtant une heureuse trouvaille, outre certes du fil de l’histoire et la parenté avec la corde dont on pend le méchant dans ce genre à colt et chevaux. Il implique la manière de faire film en déroulant un fil.
Le film, boutade heureuse, prouve un excellent maniement de l’arme choisie : le fil qui jamais n’est perdu de plan à plan. Les motifs ramènent au western, plus précisément à celui qualifié de spaghetti, même s’il fut européen et non seulement italien, parce que Sergio Leone en fut le chantre absolu. Les sons topiques suffisent à provoquer l’attente des scènes canoniques voire à les remplacer.
Le duel oppose deux protagonistes très semblables en silhouette, en actes et mimiques. Il en reprend la figure burinée et mal rasée, la cigarette mâchonnée est remplacée, comme chez Lucky Lucke, cette fois, par une allumette tout aussi mordillée. La flamme rouge sortant du canon du colt atteste de la violence du coup. La variation des plans épouse celle de Leone, de la localisation dans la rue désertée alors que sonne la cloche de l’église, au gros plan descriptif de l’homme, de l’arme comme au très gros plan de la balle. Et pour le bonheur de l’amoureux du western, la laine devient cette autre icône : le petit buisson sphérique dont le mouvement s’oppose à la concentration des deux rivaux immobiles face à face. Le virevoltant ou « herbe qui tourne » si l’on traduit littéralement « tumbleweed » adhère si étroitement au western que l’un – de Nathan Juran – le prit pour titre en 1953 et High Wool en encadre son tissage filmique.
En suivi de tissage, le film suivant s’empare de la figure d’une personnalité bien réelle, Kinski or celui-là tient un rôle dans le film germano-autrichien coproduit en France, réalisé par Rolf Olsen et qui précédait, en 1963, le premier western de Sergio Leone : La Chevauchée vers Santa Cruz.
Et après l’emportement de cette herbe en boule par le vent, ne demeure au sol que la pelote de laine, résultant de la mort des deux hommes. Ils tirèrent la balle et simultanément le fil de leur vie.
La pelote est aussi ce qui a tissé le fil narratif en haute animation : les sens se rejoignent, métaphoriques et indissociables.
Simone Dompeyre