s’en aller

François Talairach s’en aller

Photographies | France

La série photographique débutée en 2013 se poursuit toujours en 2018 au gré des rencontres. Constituée actuellement de 35 portraits de dos ; des femmes et des homme qui soulèvent leurs cheveux, laissant voir au spectateur ce qu’ils ne voient pas d’eux-mêmes et qui pourtant les révèle. Geste intime, donné, offert. Sans doute avais-je ces lumineuses impressions depuis l’enfance, du temps de l’éveil à l’autre, gravées dans l’hippocampe ! sans doute. Et la bonne voix d’Emmanuel Lévinas, évoquant la rencontre d’autrui dans l’expérience du visage, …la nuque est le visage dénudé, une pure présence, sans la contenance… (note griffonnée égarée, retrouvée). Si le titre de la série évoque quelque chose du menaçant : … Las ! le temps non, mais nous, nous en allons, … de Pierre de Ronsard, l’emploi de l’infinitif présent sonne comme un ordre donné à soi-même, une promesse de mouvement, un parfum léger de volonté… Les personnes ainsi mises en portrait restent anonymes, elles éprouvent souvent des difficultés à se reconnaître, tant cette image de soi-même, en dos, n’est pas familière. À la place du portrait « classique » de face, qui désigne le regard comme seul axe porteur de sens (le façonnage des ombres et l’effacement des défauts de carnation participent à la stratégie du regard « contrôlé »), cette pose « imposée », par le geste théâtralisé de la main qui hisse les longs cheveux sans réel contrôle, donne à voir la nuque, les épaules, met en lumière la carnation. La peau est ainsi révélée par le réalisme photographique tempéré (fond neutre, éclairage neutre) : le grain de la peau, le défaut, la rougeur, le creux de la trace, le bouton ; l’existence même, son mouvement en son principe d’incertitude et de finitude. Crue et
sensuelle.

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