Blog Post Image: Kino Crevena Zvijezda

Silvestar KolbasKino Crevena Zvijezda/The Red Star Cinema

Vidéo | 11:00 | Croatie

Durant le conflit de l’ex-Yougloslavie, Silvestar Kolbas, en tant que cameraman de guerre, a souvent filmé à Vinkovci, la ville Croate de son enfance. Dans les décombres du cinéma Red Star, qui avait été le déclencheur de son projet de devenir cinéaste, il récupéra des fragments de pellicule de films produits par l’ancien gouvernement. Leur trop mauvais état interdit leur restauration.

Entrant dans la lignée des Jürgen Reble, il a fait film de tels éléments détruits. Il a fait des rescapés du passé un nouvel objet fait du travail de décomposition. Certes, il n’a pas comme celui qui s’est déclaré « alchimiste » enterré ni suspendu aux branches pour une transformation de la pellicule par la nature mais il a profité de la détérioration par la guerre et travaillé sur ces « rebuts ». Trois matrices se reconnaissent réitérées par le nouveau montage : une partie de jeu de palet dont l’élément est lancé par un adulte à chapeau/ un paysage urbain avec vieux pont de pierre et rares promeneurs/ une réunion avec un orateur, seul moment qui compte plus d’un plan et variant l’échelle et l’axe de prise de vue. Trois genres et trois préoccupations éloignées deviennent notes de cette partition cinématographique alors que la musique oppose l’air américanisé à celui type URSS mais leur préfère la voix ralentie, amplifiée, repassée, interloquée.

Sous les icones se découvre la pellicule comme matériau fondateur : les zébrures, les raies se densifient, les taches se meuvent, la couleur varie et vainc l’iconicité pour atteindre le tableau abstrait en mouvement, le discours a perdu toute importance, des bruits remplacent les paroles. Le teintage transforme l’image référentielle en motifs. Ainsi le cinéma se fait-il histoire du cinéma comme matériau fragile et expérience des sens. Ainsi The Red Star Cinema dit-il, à la fois, la perte de cette salle et sa résurrection par ce moment d’activité intense au-delà de tous les scenarii. Ralenti, mouvement dans le champ, agrandissement du motif, reprise du même font ce film sur les traces de la décomposition. Les amorces se déclinent en chiffres, les inscriptions techniques manuscrites surgissent aussi en ponctuation. Ainsi du mort surgit le vif. Ainsi au-delà des histoires, restent le film et le souvenir de la salle de projection des films.