Page 244 - Catalogue 2026
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PERFORMANCES Chapelle des Carmélites
Chapelle des Carmélites
Sierra Nicole Kinsora, Barbie (US / FR)
Barbie, le titre évoque le stéréotype associé au nom de la poupée : celui d’une jeune femme,
mince, stylée, future épouse élégante, mais aussi celle de l’expression « c’est une barbie », une
jeune femme frivole, centrée sur l’image de soi et jouant plus ou moins naïvement de sa séduction
sexuelle. Un réseau de connotations qui porte la performance de Sierra Kinsora selon ses propres
mots : « Who is a good girl? »
Une figure féminine à l’équilibre précaire. Maquillage volontairement exagéré inspiré des E-girls,
posture impeccable : l’image stéréotypée de la « good girl ».
Ce stéréotype qu’évoque Sierra Kinsora est encore celui de la fille « mignonne »
admirée par ses e-correspondantes, partageant le même souci son image. Non sans
parfois aussi une condescendance jalouse : la « good girl » comme « bonne fille »
comme future bonne épouse soumise mais préalablement fantasme d’autres désirs.
Sans avertissement, une silhouette en robe blanche, sans manche ni ornement, celle
d’une jeune femme, cheveux courts, qui partie de la sacristie, dépasse les stalles,
traverse la nef sur la pointe des pieds, comme pour ne pas faire de bruit.
Sa tenue légère connote sa fragilité mais aussi, par son attitude, une sorte de
soumission, d’humilité que le lieu construit en son
origine, pour des religieuses, conduirait à reconnaître
comme une nouvelle Jeanne au bûcher s’y rendant
cependant étrangement seule, non entravée.
Elle porte entre ses mains, avec précaution, comme
avec déférence, un objet entraînant un nouvel étrange:
une chaussure à très haut talon, noire et violette,
emblématique pour l’érotisme masculin, de la séduction
sexuelle de la femme et devenue pour cela même,
l’accessoire indispensable de la panoplie Drag Queen.
Cela par contagion est aussi un symbole de soumission
pour les femmes, qui en l’acceptant, acceptent aussi de payer le
prix d’une difficulté à marcher et d’une fatigue du pied. Si elle n’est
pas exagérément maquillée malgré le protocole annoncé en hors-
cadre, elle porte au bras droit un gant rose peint au maquillage qui
se prolonge sur le bras en effilé de pointes.
La marche, comme celle d'une procession à une seule officiante, la
conduit au bas des escaliers de l’autel, jusqu’à une chaise, simple,
sans décorum. Elle s’y assoit et chausse son talon vertigineux ; elle
reste immobile, chaise penchée en arrière, mains sagement posées
sur ses cuisses, le regard apparemment perdu vers le plafond, durant
cinq minutes entières devant le public, si nombreux tout autour de
la nef, que cette immobilité prolongée interroge. Seul trouble le
silence le tintement, un instant, d’une cloche d’église.
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