Page 248 - Catalogue 2026
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PERFORMANCES

   Avant le dispositif Danse-Dessin-Musique-Vidéo, j´ai commencé l´expérimentation avec une amie
   danseuse. Nous n´avions pas d´autre mot d’ordre que celui d’être en expression libre. Je projetais
   ma création dessinée en direct, elle dansait. Le résultat fut une collaboration intense débridée,
   sans jugement, mêlant couches abstraites et traitement figuratif partiel.
   Cela nous a conduit très vite vers un petit état de transe, nous nous étourdissions comme des
   enfants, comme des contacteurs – danse contact improvisée.
   Ce préambule est important pour la compréhension de la formation du dispositif. Car les copains
   musiciens ont commencé à venir jamer avec nous.
   Puis est venue une personne munie d’un ordinateur délivrant des images en stream composées de
   multicouches. Elle intégrait le flux du dessin capté par webcam pour le transmettre directement
   sur l'écran, tout en mixant d'autres images.
   C’est assez rapidement devenu une soupe, un vacarme d'idées télescopées. Par la suite, j'ai intégré
   la fonction Vjing pour maîtriser la production d'images, remettre du sens, de la cohérence dans le
   propos.
   Donc, partitionner le cerveau pour dessiner en réel et simultanément transformer ce réel en une
   réalité augmentée. De découverte en découverte, j´ai décidé de construire mon propre studio afin
   de continuer à explorer librement. Voilà pour la digression.
   Ton intervention plastique est-elle improvisée ? Par quoi est-elle marquée : l'influence de
   Pollock et de ses « all-over», celle des peintures pariétales ? Comment fais-tu pour dessiner des
   deux mains simultanément?
   Samedi 14 mars, j´ai réuni avec moi Sophia Toffoli, danseuse et performeuse rencontrée lors d'une
   exploration dansée avec la compagnie Kdanse dirigée par Jean-Marc Matos et deux musiciens,
   Laurent Avizou et Nicolas Poirier improvisateurs chevronnés, rencontrés régulièrement lors de
   Jams à Toulouse.
   Pour préparer la performance, nous nous sommes réunis, Sophia et moi. Il s'agissait de décanter
   le sens tout en se confrontant aux choix techniques à adopter. La fois suivante, nous avons
   réuni le groupe au complet, les musiciens ont très vite intégré la formule du dispositif qu’ils
   expérimentaient pour la première fois. En deux sessions nous avons conclu que l'esprit y était.
   Nous sommes repartis bien excités, tout à l'envie de jouer notre partition sans plus de formalité,
   dans le but de garder la fraîcheur pour le jour de la représentation.
   La chorégraphe paraît, toute vêtue de blanc, puis joue délicatement, sculpture vivante et mobile,
   avec une balle rouge luminescente. Comment vous est venue l'idée de cette chorégraphie et de
   ce jeu?
   Le travail avec Sophia consiste à réaliser l'image en binôme.
   Quand elle passe dans le faisceau de la poursuite, la caméra la voit, je sélectionne des mouvements,
   les pigmente ; d'emblée naissent des fragments qui suffisent à colorer l'écran, à donner du
   mouvement et à remplir la toile.
   Lorsque la toile sature, j'efface et nous poursuivons la danse jusqu'à une forme d'épuisement. Je
   mixe les dessins et Sophia joue avec des lampes détectées par la caméra. Dans ces moments-là,
   je peux zoomer ou faire gigoter la caméra pour créer des parasitages. Cela ressemble un peu à
   la gestuelle du peintre et aux caprices du modèle. Les musiciens s'amusent de ce petit manège,
   entrent dans la danse à leur manière. Ils nous nourrissent également et tout repart de plus belle.
   Nous pouvons créer ainsi plusieurs épiphanies dans le temps d'une session.
   Quelles sensations éprouves-tu lorsque tu interviens sur la plaque où tes gestes s'inscrivent
   pour aussitôt s'évanouir ?
   Le désir de performance répond au besoin de faire la fête. Une fête primitive, le besoin d’être
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