Page 245 - Catalogue 2026
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Chapelle des Carmélites PERFORMANCES
Avec une lenteur infinitésimale, son pied1 nu se met en mouvement, avec une lenteur parente à
celle du Butho tout en s’inscrivant dans une autre dynamique d’action, très calculée. Elle passe
du très lent, de la presque immobilité, à peu à peu la démence d’un corps forcené, se calmant, un
instant, dans une immobilité de triomphe avant de se clore en
une marche au pas lent jusqu’à la sortie de la
nef.
Elle en sort lentement en ramenant sa jambe
avec sa main gantée de rose jusqu’au sol mais
dans un complet déséquilibre, frôlant la chute.
Durant tout ce temps, retentit un bruit de
marche sur des talons claquant sur le sol.
De ce déséquilibre et de cette chaise aide et piège à la fois, elle
tente de s’extraire et de retrouver la station debout malgré le
corps qui s’y refuse, comme les corps atteints du symptôme de
Parkinson, incapables de coordonner leurs mouvements. Elle
mène un véritable combat, visage refermé, entêté, contre son
corps agité de tremblements, qui lui, se soustrait, ne répond que par convulsions, contre cette
chaise dont il ne parvient pas à se défaire et qu’elle traîne, dès lors, avec elle, comme attachée
à elle, jusqu’au milieu de nef, tandis que retentit le bruit de
manipulations de lourdes plaques métalliques.
Cette rage et cet entêtement contre un corps qui se dérobe
durent avant qu’enfin ce corps ne se calme, et, retrouvant
sa coordination, ne parvienne à retrouver la pleine station
debout.
Elle tourne lentement, presque rassérénée, sur elle-même
accompagnée d’un phrasé du Carnaval des Animaux, de
Saint-Saëns. Face au public, s’appuyant sur la chaise inclinée,
son pied à talon entame une ascension. Elle le saisit pour le
conduire jusqu’à la verticale entière dans la gloire triomphante
d’un grand écart parfait, portée par le mouvement musical du
Cygne de Saint-Saëns.
Grand écart prolongé
jusqu’à la cime d’un
talon érigé en trophée de
victoire sur un déséquilibre joué, et sur cette chaise dont elle
ne s’est pas séparée, et désormais en oblique derrière elle.
Est-ce la libération de l’image de la « good girl » en affirmant
1. Traversant les civilisations, le pied, outre sa symbolique de soumission,
d’humilité – Saint-Louis lavant les pieds des lépreux, « se jeter aux pieds
» en forme de pardon, le pied est chargé de connotations érotiques, des
petits pieds bandés de la Chine ancienne en passant par le tabou de la
représentation du pied à l’époque victorienne, le pied de Cendrillon ou
encore le symbole du phallus pour Freud, ou celui du Journal d’une femme
de chambre jusqu’à l’expression en français de « prendre son pied »
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