Page 232 - Catalogue 2026
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PHOTOGRAPHIES  Studio Astorg

Claire Courat, Noyade mentale, 2025 (FR - Toulouse)

« en bleu adorable fleurit » ou le Momento mori ou le Carpe diem
       C’est face à la nature morte que se pose l’option de vie, de la penser, de la vivre. Il s’avère que

d’autres genres sollicitent cette alternative.
Noyade mentale et si le titre s’avérait une antiphrase. Non la perte annoncée mais la solution de
cet étouffement, de ce mal d’être qui angoisse l’artiste, l’entraîne en questionnement sans fin.
En effet, si le corps figure en bas, la tête se redresse.
Si la vague immense surplombe, son « bleu adorable fleurit » à nouveau, s'emporte en une variation
de nuances. Le ciel est noir mais en brillance, la vague se défait en écume et gouttes éparses
diversement blanches ou bleues.
La photographie ouvrirait-elle l’apnée, la nouvelle respiration. Quand d’une marine sans autre
paysage que sa densité d’eau, elle fait lieu d’un portrait, d’un portrait en variation… respirant
encore et toujours en variation photographique.
Le format adopte ce format de soi à soi, de visage photographiant à visage photographie. Serait-
ce l’inquiétude transformée de la page blanche quand les poètes composent de flagrants poèmes
pour exprimer leur empêchement de composer.
Photographier la crainte de ne pas faire photographie.
Et sans doute est-ce le genre autoportrait qui s’efface, car de la jeune photographe ne se
distinguent pas les traits quand la coiffure brune courte n’est pas une caractéristique exclusive.
Alors retenir, la trace d’une réelle photographe, cherchant sa voie, sa respiration ou écouter ce
qu’elle prononce de son travail quoi qu’il en soit, il y a photo. Et c’est fort bien.
L'artiste, elle, a dit :
« Noyade mentale cherche l’invisible et à l’intangible, en figurant ce qui ne peut être vu ni touché,
mais qui habite intensément l’expérience humaine : une sensation diffuse, troublante, celle de
la perte de soi. Ce n’est pas une disparition brutale, mais un effacement progressif, presque
silencieux, comme si l’identité se diluait lentement dans un espace sans contours.
Le corps n’y est plus un repère stable mais englouti, absorbé, comme aspiré par un vide ou un fluide
mental. Les limites physiques floues, incertaines. La chair se confond, les formes se dérobent.
C’est une noyade intérieure, lente, étouffante, non pas dans l’eau, mais dans un espace mental
aliénant, abstrait, où le réel perd sa consistance.
Il y s’agit de rendre visible l’état de dérive identitaire, cette impression d’étrangeté à soi-même, de
flottement, de glissement hors de son propre corps. En interrogeant la frontière entre ce qui est
perçu et ce qui échappe, entre la présence physique et l’absence intérieure. »

                                                                                                          Simone Dompeyre

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