Page 228 - Catalogue 2026
P. 228
PHOTOGRAPHIES Atelier Ombres Blanches
Michel Depatie fait un « plan ». Le plan est visible, il dit son incomplétude ; il dit que le cinéma
même en plan arrêté, c’est de la mémoire en acte. Il le dit en cadre-type photographie, dans un
format usité. Il fait image arrêtée d’une image non arrêtable au risque de perdre le fil du film. Il
fait discontinuum du continuum film mais en réinjectant le mouvement différement par un autre
appareil.
Michel Depatie est un franchisseur de genre.
Simone Dompeyre
L’artiste explique sa démarche :
INSOUMUSE L'Immatérialité Révélée – Réarmer le Regard
Insoumuse n'est pas seulement un projet photographique ; c'est, pour moi, une intervention
critique et visuelle qui engage un dialogue direct avec l'histoire du cinéma. À travers une série
photographique immersive, mon projet cherche à démanteler les mécanismes de représentation
du « male gaze » : le regard masculin en l'inversant radicalement. Je prends pour pivot la figure
de Delphine Seyrig – actrice emblématique et militante féministe – afin de subvertir l'érotisation
passive des corps féminins à l'écran. L'objet traditionnel de la fascination y devient un sujet de
résistance actif, rendu possible par l'intégration stratégique de la réalité augmentée (RA) et d'une
intégration sonore ciblée.
La démarche artistique d'Insoumuse s'articule autour de trois objectifs: rendre visible l'invisible,
réarmer le regard et activer la mémoire. J'invite à une expérience interactive et intime où la
photographie agit comme un portail vers des récits filmiques et militants, rappelant la complexité
de l'héritage de Seyrig.
Le cœur visuel du projet s'inscrit sur la reprise et la réinterprétation de constructions iconiques
du cinéma, celles qui ont figé l'image de Delphine Seyrig, de L'Année dernière à Marienbad à
Jeanne Dielman. Les clichés choisissent Seyrig de dos, souvent isolée ou dans des décors chargés,
jouant sur des contrastes de lumière et de couleur. Ce dos tourné est un acte de résistance formel.
Il refuse la frontalité convenue et la disponibilité attendue du corps féminin face au désir du
spectateur. Il n'est pas une invitation, mais une affirmation d'absence et d'autonomie. L'œuvre
force ainsi le regardeur à rompre avec la consommation passive de l'image pour s'engager dans
une interrogation active de celle-ci.
La réalité augmentée est l'outil privilégié de cette subversion. Elle ne superpose pas, elle révèle les
tensions sous-jacentes du champ lui-même et structure le parcours narratif de l'installation. Sur
l'image 2, partant de la gauche, le dos de Seyrig dans un intérieur ornementé - celui de l'Hôtel de
la Cité de Carcassonne, la RA plonge dans l'univers onirique de Marienbad, alors qu'en boucle se
susurre en murmure « Laissez-moi. » Ce son résonne comme un refus et une rupture avec toute
assignation de rôle. La quatrième photographie, partant de la gauche, le dos exposé dans la pièce
rouge du Salon de la Villa la Sapinière de Carcassonne, est métamorphosée par la RA en une
scène d'India Song, dévoilant la femme devant le piano avec le vice-consul. Le caractère éthéré et
la langueur s'amplifient grâce à cette apparition, nourrissant la complexité des regards échangés.
Image 5, la RA opère un glissement: l'image bascule vers un fraGment de Jeanne Dielman, quand
la femme éponyme épluche longuement des pommes de terre. Cette juxtaposition confronte
228

