Page 231 - Catalogue 2026
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Studio Astorg  PHOTOGRAPHIES

savante mais pour une partition des notes colorées, des contours, des figures. Sans doute, la série
dénature-t-elle l’élément, le rend « plastique »…
Et parmi ces objets, les livres par lesquels elle garde trace de ses moments de ravissement, celui
d’avoir été conquise par telle figure apparaissante, celui de l’objet devenant sujet photographique,sa
préoccupation du livre rejoignait les préoccupations d’autres artistes en films pris eux-mêmes par
l’(im)matériel et faisant geste .
Le livre sur fonds d’eau, de ciel, d’herbe, de terre, de bois, de feu le dévorant, derrière des brindilles
ou parmi des cônes. Le livre en champ de blé, de tournesols.
Parfois pris dans la glace , en suspension dans les branches hivernales nues ;
Parfois les titres de la première de couverture répondent à cet environnement – souvenir du land
art – sur baies c’est Le Sang, près de feuilles sèches, parfois s’y confrontent plus étrangement
Chroniques d’art ou sous le feu, incendié, est-ce Le livre de la jungle ?
Même si l’envol décline plus souvent des pans de ciel et les flots, les poules, inattendues,
s’approchent d’une pile de livres... Le dépôt de l’objet ne suit pas d’ostracisme, la photographie
aime aussi le simple.. Véronique Brill se souvient d’avoir pris ses livres pour lectures estivales, dans
le jardin aux poules, « curieuses (qui) se sont approchées. Voilà comment m’est venue l’idée de
promener les livres dans la variété des paysages, des visages de la terre. »
La série n’est pas typologique, elle n’obéit pas à un cadrage concerté, elle se laisse prendre au
rapport espace-temps et varie d’échelle et de profondeur du champ ; ainsi des usines lointaines,
un coucher de soleil en font un objet volant aux pages s’ouvrant ; ou au contraire, frôlant la terre,
rasant l’eau jusqu’au plus près des gouttes, ou submergé, s’approchant des voitures, s’éloignant
des bâtiments. Lui seul en énergie et même inerte.
Quant à l’exposition, elle prit la même impulsion à occuper l’espace, tout l’espace voire à déborder
le livre par trois plans d’eau, superposés faisant signe vers d’autres œuvres tout aussi fondées sur
cet élément. Et en tous formats, entraînant à se pencher, s’approcher au plus près, reculer de deux
pas, avancer d’un… lever la tête et ne pas quitter l’espace au(x) livre(s).
N’est-ce pas une autre manière de revenir à l’étymologie du livre, le liber latin, la synecdoque qui
fit désigner l’ouvrage écrit, selon son support d’alors avant le parchemin, à savoir la partie vivante
de l’écorce entre l’écorce et le bois… et en approcher de liberté.
La série est libre comme l’œil et la non-satiété qui anime l’artiste en Véronique Brill.

                                                                                                          Simone Dompeyre

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