Page 250 - Catalogue 2026
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PERFORMANCES
d’autre fois j’entends le vent et l'écho. Certains mouvements s'écrivent dans l'instant. Après
ajustements, on pourra les réutiliser.
Cela nous amène au travail de composition, le peintre n'est plus seulement un gesticulateur, mais
aussi un coordinateur qui assume la part de la réalisation.
Effacer et mémoriser est la base de l'apprentissage, c’est le chemin de chacune de nos vies. Dans
les bons ateliers, on apprend une dynamique de travail qui passe par le renoncement à imaginer
bien faire du premier coup ou à s’accrocher à une forme fétichiste de soi. Effacer et recommencer
est aussi normal que le défilement des heures qui nous précipitent vers la chute finale.
On a le temps, on peut respirer, se détendre.
Là, on touche par la détente à un point important. En mode performance, la combinaison
simultanée de nos actions transcrit de la lumière et de la couleur à l'écran.
La combinaison de symboles avec la matière brute en superposition, les images mixées en direct,
ne forment plus à l'écran qu'une image identifiable à un instant T : une Peinture.
J'efface et on recommence.
L'exploration révèle une dimension hypnotique. Il s'agit bien d’une notion pariétale du travail qui
induit ou renvoie aux révélations potentielles de la transe.
C'est un retour vers soi et une ouverture aux autres. Une dimension qui recontacte le
vivant. L'empuissancement3 de soi.
Par moments, même si pour assurer la sécurité des œuvres de Nadine Lahoz-Quillez j'étais
placé de biais par rapport à la projection et frontalement par rapport à la danseuse, j'ai pensé
à ces tracés, ces lignes d'erre que Fernand Deligny a pu faire des parcours des autistes dont il a
su partager la vie dans les Cévennes?
Je lis l'auteur que tu indiques en référence à ce que mon travail t'inspire.
Fernand Deligny, que je ne connaissais pas, est un sacré personnage, j'ai un énorme respect pour
ceux qui, malgré vents et marées, poursuivent leur chemin. Davantage encore quand il s'agit de
sauver des personnes des griffes d'une société coercitive.
Je cite un passage de lui qui entre en résonance
« Et il en a fallu des étapes, des impasses, des retours, des lectures et des rencontres pour en arriver
à ce que je me fie à l’évidence que tracer n’est pas de même nature que transcrire, parler, écrire, et
tout ce qu’on voudra qui est du ressort du sujet, alors que tracer peut nous prendre au dépourvu si
tant est que nous acceptions que, pour ce qui nous concerne, être pourvu veut dire être possédé
par une certaine culture, ensemble de systèmes, de signes, qu’en tant qu’individu nous trouvons à
notre naissance. Il ne peut y échapper. Que tracer puisse être une faille dans cet “ordre” dénommé
symbolique, une fêlure où quelque peu de nous peut s’y (re)trouver, comme par inadvertance,
c’est ce qui s’amorçait, et tout à fait à mon insu, dans cette classe d’avant la guerre. »
J'y retrouve la pensée de Deleuze et Guattari qui sont des ouvreurs de possibles, inspirants,
généreux et conquérants.
Et pour finir, une boutade : la sagesse, qu'est-elle pour toi : un hommage à cette jeune
chorégraphe au prénom prédestiné? un chemin de vie? une décision mûrement réfléchie ? un
long parcours avec ses soubresauts poétiques ?
Pour l'anecdote, Sophia, le titre de la vidéo présentée aux Rencontres Internationales Traverse,
s’est imposé à moi par sa forme courte et lumineuse. Je passe un peu vite sur la dimension trans
que Sophia, la performeuse, ne cherche pas spécialement à étaler.
Le choix de ce prénom très beau est chargé : Sagesse, Philosophie, Art de la pensée qui aide à vivre.
Tous ces indices ont résonné lors de la performance, entre les prises de risques et la symbolique
du lieu : naissance, transformation, sublimation.
3. Ce terme est emprunté à Alain Damasio / issu de l'anglais empowerment
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