Page 163 - Catalogue 2026
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Séances Spéciales PROJECTIONS
l’accordéoniste, de la traductrice et de l’enfant éloignée et si proche, voix over ; de Zoé n’appartenant
pas à la sphère de la famille de Viera mais pleinement au film.
Nathalie Vannereau fait confiance au discours cinématographique, qui peut dire sans paroles,
dans le montage pensé d’images enlevées lors de moments réels, d’échanges simples, quand
sous la phrase simple sans rhétorique cherchée, se fait le sens.
Elle est pleinement là, à l’orée de leur dire, leur être.
Le film est pleinement là. Il tisse des liens comme l’eau – métonymie de ce temps qui passe et
revient au même. Pluie graphique zébrant le champ, envoûtante. Eau puisée avec un seau en
montage alterné avec une femme dormant. Goutte du dégel. Approche du vivant au plus près,
portraits en actes, visages souriant en regard adressé... Natures mortes de la table mise, scène de
genre de la vodka ou des gestes nécessaires à la vie rurale, scène de danse seul chez soi, au bal
de tous les habitants. Très gros plan des plis de l’accordéon comme du pauvre tapis. Reflet des
bougies, du miroir. Filages divers depuis la voiture, des arbres et des ciels. Précision des animaux,
regard adressé du chat, pas quasi comique de deux poules en promenade. Choc des couleurs
dans une basse cour prise de radiations en rouge saturé, en vert hyperluisant. Quasi teintage
de certains lieux ou couleurs assourdies. Flou des brumes hivernales avec ou sans passants.
Alternance des fleurs de couleurs dans la neige. Et ce film dans le film, deux minutes volées à la
narration, à l‘écriture expérimentale : les maillons de la chaîne pour plonger le seau dans le puits
en alternance, avec elle, Veria, dormant avant de se lever, laissant au gros plan, les plis du drap bleu
aux fleurs blanches de son lit. Avant l’intrusion des archives et de l’hélicoptère et des liquidateurs
Elle est pleinement là, à l’orée de leur dire, leur être.
Si elle ne s’impose pas, son film s’impose.
Simone Dompeyre
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