Page 162 - Catalogue 2026
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PROJECTIONS Séances Spéciales
vie, la mort – « que les humains préfèrent ne pas savoir » –, sur l’amour, sur les étapes de l’histoire
humaine avec « deux préhistoires et un Moyen Âge » riant quand elle s’autorise à répéter le mot
de « connards » à l’encontre des profiteurs ; sans emphase, ni philosophie contrefaite, dans les
termes simples, justes, ni mièvre, ni appliquée, arrondie en tonique modulée. En quasi poème
en prose, elle énonce se souvenir d’elle dans le ventre de sa mère, de son père la langeant, de
la couveuse et merveilleusement du premier souffle qu’elle a soufflé et ce, pour épiloguer que
puisque ce souvenir tel existe, on ne peut oublier ce qui a eu lieu à Tchernobyl – sans citer le lieu.
Elle rapporte ces faits dans une mythologie qui rassemble les liquidateurs comme anges gardiens,
qui joue sur le mot difficile à prononcer de « crucifié » le faisant « rimer » avec « pâtissier ». Elle
aime décomposer le mot, jouant sur l’énonciation de la « révolution a été créée par les romans-
tiques ».
Elle est la passeuse… et sa position over, glisserait presque en off, lorsqu’en la minute dernière,
elle s’adresse au jeune garçon, qu’elle dénomme « Iouri » jusque-là, souvent vu seul derrière la
fenêtre, fermant les yeux en alternance avec des plans derrière la fenêtre de sa grand-mère avec
laquelle, une fois, il fait un feu dehors. Là, en gros plan de profil, en mouvement sans heurt, latéral,
elle lui parle. « Si je te parle à l’oreille, peut-être tu m’entendras » et elle lui explique que ni l’un ni
l’autre n’était né mais encore « dans les étoiles ».
Bien plus, elle aborde la question de la légitimité d’un texte, de l’histoire qui se raconte : « est-ce
que c’est une histoire, si on n’en connaît pas la fin ? »
Et soudain, comme une déflagration, des images d’archives, noir et blanc, des images de la ville
détruite, murs tombés, fenêtres brisées, pièces avec gravats surgissent en flicker.
Et deux îlots d’images de reportage cassent la vie telle qu’elle se vit en faisant comme si elle
oubliait son passé ; deux scènes des liquidateurs à l’œuvre.
L’enfant en over avait entonné la litanie : « On voit un cimetière d'hélicoptères. Un cimetière
de camions, de bateaux. Un cimetière de maisons, de maisons, de maisons. Un cimetière... de
cimetières. Un cimetière de terre. De maisons. De villes. De jardins. »
De même, après une animation des plus astucieusement simples d’iconographie médiévale
d’animaux, en bougeant la page du livre d’enluminures, la petite fille convoque en évoquant ces
animaux malades de la peste, les images d’animaux monstrueux à la suite de radiations, à deux
bouches, quatre yeux, pattes palmées de poisson, de chat, de caneton, de rat.
Et quand Vassili danse, sa photo de jeune réserviste suit après un gros plan sur un carnet, un plan,
des photos de la zone, alors la voix de l’enfant doublée de son propre murmure, traduit les ordres
et les consignes du commandant que lui, a pu entendre et les hommes obéissent.
Différemment, des images de l’exode de la population tous âges confondus, en cohorte de bus
jaunes suffisent à saisir l’ampleur, ponctuées de quelques visages en regard adressé ou sous des
masques et de l’école désertée Elles induisent un inattendu différent, un double carton s’écrit
indiquant le « rite » de repas en hommage aux victimes, le seul jour annuel où le site ravagé est
ouvert.
Et la fête se déroule dans le café épicerie où tous se retrouvent dont l’instituteur dans le refus de
l’interview, préparé.
Et chacun est crédité dans le générique du garçon, de l’arrière-grand-mère, du couple, de
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