Page 167 - Catalogue 2026
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Chapelle des Cordeliers  INSTALLATIONS

Samuel Brien, Murmurations, 2025 (FR - Toulouse)

       Comment écrire quand dans sa limpidité,
Murmurations s’exprime.
L’installation de Samuel Brien le fait dans sa
double nature : approche limpide, strates de
sens à atteindre ou pas si l’on reste dans le plaisir
du vitrail inattendu en boite transparente.
D’abord dans le glissement du titre,
«murmurations» en sonorités douces n’est
pas murmure mais le bruit envahissant parfois
enchanteur, parfois inquiétant, si l’on connaît
ses classiques du cinéma et ses oiseaux.
En effet, la murmuration, bel anglicisme,
dénote le bruit, le son que de multiples
oiseaux et surtout des étourneaux produisent
quand, en figures mouvantes qualifiables de
chorégraphiques tant elles sont synchronisées,
ils tournent en ensembles. Les oiseaux
s’envolent en formes ondulantes, circulaires, occupant un pan du ciel.
Pourtant l’installation n’attire pas d’oiseaux et le silence plane sur trois bocaux parallélépipédiques
sur trois socles pris par la lumière. « Bocal » est le terme approprié puisque un liquide transparent,
de l’eau, immerge des éléments.
De face éclairés par un panneau LED, substitut de fenêtre dans la chapelle gothique au seul vitrail
très en hauteur, se détachent dans le liquide de petites structures irisées, des couleurs marbrées
d’ondulations.
La position est d’importance, l’entrelacs ne se révèle que de face, sur fond noir et qui fait le tour
de l’installation fait face à la transparence d’un petit « objet ».
La connotation de savoir du titre et la forme des bocaux exposés évoquent une autre question
que celle de la différence d’approche d’une œuvre selon le point de vue, le lieu du regard. Voir /
Ne pas voir.
Sans doute, le récipient ne déparerait-il pas une salle de muséum, avec des animaux ou des parties
corporelles plongées dans le formol ; cependant la joliesse de l' « objet », sa luminosité éloigne toute
référence avec le musée anatomique Spitzner réunissant moulages de cire de corps monstrueux
touchés par des maladies. Plutôt, y trouver l’écho d’éléments pris par le premier cinéma, ou
dans des expériences scientifiques du pré-cinéma quand science et art s’appareillaient sans le
chercher. Désormais, ils figurent aux programmes des films expérimentaux : la goutte d’eau de
Bull, la chronophotographie de la machine à fumée de Marey dévoilant les mouvements de l’air
rencontrant un corps à deux triangles en 1901, les harmonies suggestives du Disque 957 de Dulac
ou la germination d’un haricot qu’elle suit filmiquement mais en noir et blanc... Et pourquoi ne pas
penser aux documentaires actuels sur le corps humain qui n’hésitent pas aux très gros plans, aux
visions intérieures du corps qui en méandres, points et couleurs dessinent des galaxies.
Et particulièrement, l’étude du cerveau, l’approche des neurones, leur étoilement autour d’un
noyau, en fibres dont une plus longue.
Ou en reprenant le mirage microcosme/macrocosme de la Renaissance, devant ces compositions
en éclats lumineux, rêver au firmament et aux constellations intérieures du cerveau, leur attribuer
nos capacités de langage, d’invention, de rêve.

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