Page 158 - Catalogue 2026
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PROJECTIONS  Séances Spéciales

   ne se voile pas.
   Parfois ils font lieu, comme sous l'orage quand le son induit, guide vers des aquarelles quasi
   abstraites, de bleu zébrées de zigzags jaunes.
   Le son réalisant et déréalisant à la fois fait contrepoint avec les plans voilés. La très grande précision
   des bruits du réel, pluie avec le dessin du train intérieur/extérieur, rivières que l'on y plonge ou pas,
   cloche d'église, messe ( après le portrait de Marx! Et le souvenir de ce jeu d'adolescente ayant noté
   Karl Marx comme identité sur une carte détournée de Forza Italia), les applaudissements lors des
   AG aux serments en italien ou les cris des manifestants sautant sur place et cet orage, l'alarme
   qui ne l'/les arrête pas. De tels moments d'inscription dans un espace et un temps trouent ce qui
   serait, sans eux et ces déplacements, par trop, une confession d'elle à vous.
   Paradoxalement, une distance se tisse, étrange puisque outre ces sons topographiques,
   paradoxalement puisque Ardenza avance grâce à la proximité du dire, avec l'accent du dire-vrai.
   La voix sinon blanche, car le grain particulier avec une minuscule sonorité italienne – peut-être
   induite par la localisation du récit et son titre – se déroule sans pathos, sans accentuation, sans
   emportement; eux qui induiraient des lectures figées. Voix dirigeante cependant, elle vous attrape
   sans perte, sans répit, tout au long de son heure en sachant alterner non seulement le genre
   d'images mais aussi de faits dont se souvenir, à restaurer dès lors à dire.
   Ce qui advient naît du déjà tourné, du footage absolument lié au dessin fait là, dans la maintenant
   de la création avec le gratté de la plume. Si des images viennent de ses archives personnelles – le
   repas au profil de femmes et de plats en nature morte répétées – des films, on peut douter qu'ils
   fussent de la jeune lycéenne engagée sans caméra mais qu'importe, ils deviennent des mots de
   son discours convaincant et sensible et sans crainte, de sa réflexion sur ce qu'elle fut, pensa. Elle
   décrypte son comportement, en s'éloignant « du point de vue du romanesque, des héros » et
   s'approchant de son « sortir de l'enfance ». Ainsi s'ils sont « elle », ces dessins qui saturent le champ
   grâce à l'élargissement de leur format d'origine suggéré par la taille du doigt et de la plume, font
   aussi distance
   Chemin faisant, cela, en filigrane, ranime la pensée sur la manière de recevoir le film dit
   documentaire et sur la facilité avec laquelle s'accepte comme Vérité ce qui y est prononcé. La voix
   dit, on l'entend, on la prend.
   Ardenza s'en éloigne dans son écriture même qui s'inquiète plutôt de comment cela fonctionne,
   comment fonctionne la mémoire si proche du déroulement d'un film ainsi que l'œuvre-Resnais
   le manifeste. Il (se) constitue des méandres d'un retour du passé pour le film en « je » et sur leur
   matérialité.
   Et l'ombre de Duras malgré leur différence essentielle, ne serait-ce que par la tessiture et le ton
   de la voix et certes le style de paroles, évoque un inattendu « tu n'as rien vu à Ardenza » ; cela aidé
   par l'hôpital aux longs couloirs empruntés ainsi qu'à Hiroshima se suivait des couloirs. Hôpital
   encadrant ce retour au passé, en seuil du film, alors que rien n'explicite la maladie, ne la nomme.
   Certes très loin de l'évanescence des êtres durasiens, la jeune femme souffre de boulimie, dévore
   les denrées « premier prix » pour les vomir ce qui est dessiné abondamment ; certes, une allusion
   à la pilule du lendemain et la déclaration d'avoir tué une vie et d'en avoir « disséminé les membres»
   pourraient le justifier mais la voix refuse l'explication. La proximité est distanciée.

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