Page 191 - Catalogue 2026
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Atelier Ombres Blanches  INSTALLATIONS

Ruzan Petrosyan, Dialogue of Gestures, 2025, 5’59 (AM)

« Il n’y a aucun miracle. Je recherche ce qui se trouve
dans la nature. Cela m’aide à capter, à fixer, à créer une
plastique et à vénérer. » – Sergueï Paradjanov

       Dialogues of Gestures refuse le portrait
académique, Ruzan Petrosyan sait combien cela jamais
n’approcherait le feu, la force de Paradjanov, serait
même un contresens. Elle opte pour le collage, pratique
hautement paradjanovienne, dans le montage de ses
films, la composition des plans-tableaux comme pour
ses autres œuvres dont certaines se devinent dans le
musée où a été tourné ce film-ci.

Sans abandonner son travail sur le mouvement
chorégraphique de jeunes femmes, voire avec ce mouvement constant, elle approche Paradjanov,
géorgien/arménien, ayant réalisé en Ukraine, en défenseur des identités différentes et des langues
diverses malgré, parmi d’autres obligations que le réalisateur refusait, imposées par la Goskino,
spécialisée dans le cinéma-Kino, un département du Ministère de la Culture soviétique. Le cinéma
est considéré comme un service public aux services de principes culturels mais aussi esthétiques
reconnus par l’État. Staline définit ainsi la culture « nationale dans la forme et socialiste dans le
contenu ».

Dialogue de gestes emprunte sans autre commentaire, des signes pris aux films Achik Kerib et
Sayat Nova, au musée qui est dévoué au réalisateur à Erevan et au portrait, Le Rebelle signé
par Patrick Cazals. Cela ne suit pas un chapitrage mais s’enroule, s’emmêle y compris avec la
déambulation dansante de la jeune fille du film encadrant. Des fragments d’entretien de
Paradjanov rappellent ses emprisonnements, factuellement, mais des souvenirs prégnants de son
enfance optent pour l’anecdote d’avoir dû avaler les bijoux de sa mère lors de perquisitions chez
ses parents antiquaires. Des fragments de tournage alors qu’il travaille, sur pièce, tel costume
ajoutant telle couleur franche, pousse ses acteurs à telle posture « artificielle » et les sourires de
ceux-là après la prise. Des plans inoubliables comme celui de la jeune fille coiffée de la toque
haute digne des miniatures persanes – dont le maître revivifie les motifs et les gestes dans son
cinéma– tendant devant son visage, un long ruban de dentelle rouge, en plan adressé. Il feuillette
le carnet de photos familiales de lui enfant, en famille, avec sa mère et un jeune bouc blanc,
recueil lui aussi luxuriant, des instants de vie. Plan en incrustation sur les murs du musée, ainsi
que ses collages dont cet autoportrait en miroir sur Le Jardin des Délices de Bosch et dessins en
dentelle ou crayons, et des tableaux faussement naïfs et ses poupées – parfois objets des films –
et autres objets disparates. Quant à Sofiko Tchiourelli, « en civil » lors du documentaire de Cazals,
elle ouvre la grenade1 qu’elle a souvent tenue voire bue dans les films. Le fruit emblématique
porteur de fécondité, de bonheur, couleur forte, s’imposant d’amour mais aussi de mort – est le
titre originel Tsvet Granada/ La Couleur de la Grenade de Sayat Nova – le Goskino n’ayant pas
retrouvé le portrait attendu du poète éponyme, avait refusé le titre de Paradjanov.

La couleur de la grenade attire le fruit en divers plans : scène des fiancés après leur danse de la
fertilité, désormais assis devant le grenadier alors qu’elle détache les pétales d’une fleur blanche,
et avant de boire le jus du fruit. Fruit que la fiancée offre à Achib Kerib, qui, lui, le presse par deux
fois, en deux plans éloignés, sur les lèvres du vieux barde et le jus coule sur son cou ; fruit que Sayat

1. La grenade en échos entre diverses œuvres est le fruit de Je m’en lave les mains de Anaïs Pélaquier, cf. page 211

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