Page 189 - Catalogue 2026
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Atelier Ombres Blanches  INSTALLATIONS

le projet du retable.
La nature filmique varie le visible, sans la possibilité de fermer les ventaux et sans de nécessité
rituelle. En effet, le retable gothique théâtralisait la liturgie. Les églises du Nord de l’Europe au XVe
siècle y aménageaient les panneaux latéraux en volets repliables sur le volet central, et dès lors,
étaient peints sur les deux faces. Leur visibilité était dictée par l’église qui ordonnait l’ouverture
du retable selon des dates précisées par le calendrier religieux. Son narratif/ histoire sainte s’y
découvrait en épisodes, par exemple en période pascale, le maître-autel privilégiait la crucifixion
et fermait les volets latéraux de l’Annonciation, de la Résurrection, ainsi que les anges et la Nativité.
Pas de scènes religieuses mais des plans de promeneurs devant des monuments et près du canal
topiques de Venise non pas le plus connus, mais un arrêt de gondole, deux ponts et l’avancée vers
le dôme lentement au-dessus des passants. Sans excès, un même adoucissement enveloppe la
ville.
L’effet de réciprocité, de réponse que le retable entraînait de panneau à panneau, avec, par
exemple, le programme de la Nativité ou du sort des pécheurs et des élus est remplacé par l’effet
miroir des actes similaires de déambulation, d’arrêt devant l’eau, tel monument et la prise de
photos. Des gestes de touristes, des positions et des mouvements de figures répétitifs plus que
d’individus mais sans soulignement, sans grossissement de leurs actes. La nuance est celle du
soleil au lever.
Venise, objet de dévotion sinon de dévoration de foules bien plus denses que celles cadrées dans
ces espaces délimités est là arpentée en petits groupes sinon seul ou à deux ; et certes, ce ne sont
pas des saints ni la Sainte-Famille qui y figurent pour être priés mais la foule qui prend elle-même
en dévotion la ville. Les ventaux puisque film multi-écran, restent toujours ouverts et les touristes
prennent des photos et s’extasient le temps de quelques rapides minutes.
The Alterpiece n’en stigmatise pas l’attitude, le tempo garde le calme d’une avancée tranquille.
Les couleurs sont légèrement estompées, un rose-orangé se glisse en quasi teintage adoucissant,
celui de la lumière dorée non agressive. Le retable n’est pas machine de destruction et celui-ci est
porteur d’espoir ce que l’amorce en toutes lettres de Ramalinga Swamigal invite à adopter, lui qui
pensait la compassion comme fondement de vie spirituelle supérieure : « Voici mon désir, ô mon
Père : considérer toutes les vies des foules qui m’entourent comme ma propre vie, leur apporter la
joie, dissiper leur détresse et mettre fin à leur peur. Je souhaite devenir immaculé de cœur, chanter
à tes Pieds Sacrés, danser en invoquant – Shiva Shiva – avec une joie sans limites d’être capable de
demeurer éternel sur la terre. »
Ainsi Venise assaillie par les touristes, garde-t-elle son halo. Les rives, les petits ponts s’environnent
de la même évanescence poétique que le dôme de la Salute à la Dogana, panneau central… et se
love dans le texte DIT, poème de l’artiste qui incite par son titre à regarder.
Une voix masculine douce, hors du temps apporte sa durée et la musicalité croisée du français
et de l’italien dans le contrepoint de ce Nello Sguardo / Dans le regard, il apporte un autre
mouvement à celui extérieur des visiteurs ; alors que le discours se lit en anglais en sous-titre.
Une adresse à celui qui s’approchera différemment du lieu, qui prendra le temps de savourer
l’espace, qui abandonnera le comportement de l’homo turisticus, ses gestes non pensés, faits
parce qu’habituels et obéissant aux préceptes sociaux, gestes et attitudes jugés sans jugement,
idoines à un lieu. Une autre voie est ouverte par un regard autre et aimant « ton regard véritable –
un regard qui dise :

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