Page 188 - Catalogue 2026
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INSTALLATIONS Atelier Ombres Blanches
Et le sur-cadrage d’elle dans le miroir y compris en extérieur, quand dans et hors ne s’excluent plus,
elle ainsi vue par lui qui l’assure d’un amour commencé l’année précédente et dont elle récuse
l’existence arguant qu’elle n’a jamais été en cet endroit-là, Marienbad… lieu désormais mythique
en cinéma et qui n’a pas existé.
Femme là et ailleurs, proche et lointaine, inaccessible, réelle ou fantasmée ; impossibilité de
résolution. Des bandes verticales s’insèrent dans les plans des lieux, effaçant plus encore les
repères, ajoutant à l’impossible achèvement.
La voix, elle, survole l’espace, flottant depuis dans les mémoires des cinéphiles.
Phantom memories, le titre de Jean-Paul Devin-Roux est à la fois fidèle et dérivant : Mémoires
fantômes convient parfaitement à ces corps lents voire immobiles ou légers comme Elle prête
à l’envol, ou Elle adossée contre une statue. Elle dont on ne sait s’il l’a déjà été rencontrée ou si
c’est leur première rencontre, s’il la désire tant qu’il en invente un passé vécu ensemble... Si le
présent ranime un souvenir ou si le désir anime un passé. Est-elle un souvenir du réel ou une re/
constitution du désir ?
Et ce, alors que dans les recherches concernant la mémoire, le syntagme «souvenir fantôme»
désigne des souvenirs faux mais subjectivement convaincants, des souvenirs que certains
affirment revivre consciemment de événements n’ayant jamais eu lieu.
Ce qui s’avère c’est que cet « extrait » comme on dit du parfum gardant tous ses pouvoirs olfactifs
entr’ouvre et le désir de revoir le film de Resnais et le plaisir de cet opus de Jean-Paul Devin-Roux.
Simone Dompeyre
Edoardo Mulato, The Altarpiece, 2025, 5’59 (IT)
The Altarpiece ou un retable hors d’église ;
cependant que ne s’attende pas cette machine à voir le
Dieu chrétien, dont le meuble appuyé sur l’autel ou le
surmontant à l’aboutissement de la nef, aimantait, en
point de convergence, le regard du chrétien.
L’appel ici est en installation d’un autre sacré. Au fond
de la galerie d’art – « nouvelle religion », nouveaux rites
– The Altarpiece se projette directement sur le mur, dans
la pénombre.
De la structure originelle, il n’adopte ni les registres, ni les sculptures imitant la pierre, ou exhibant
le bois brillant. Cependant sa taille, grande, proportionnellement au lieu et son organisation en
cinq écrans de deux tailles dont la disposition y font écho ; deux panneaux plus petits enserrant le
grand, l’entourent.
Et le commanditaire1 n’y a pas d’espace, pas plus que des phylactères ou autre bandeau explicitant
1. Suivre le statut des commanditaires est faire histoire puisque si les premiers appartiennent au clergé et, très
notamment aux ordres monastiques, le XVe siècle attire des commandes laïques non seulement des rois et reines
mais venant aussi de corporations et de confréries et même des municipalités et enfin de la bourgeoisie marchande
ou d’affaires qui le commandent pour leur chapelle privée. Et ceux-ci s’y font portraiturer, en couple, en famille, de
part et d’autre du panneau central comme Nicolas Rolin, chancelier du duc de Bourgogne et sa troisième femme. Les
signes de leur fonction et de leur statut n’effacent pas leur figure d’orant, mains jointes, agenouillés.
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