Page 187 - Catalogue 2026
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Atelier Ombres Blanches  INSTALLATIONS

Julie Balguerie, nuée, 2023, 7’37 (FR)

       Si « nuée » ferait attendre l’évanescent ou le simple
nuage, la nuée de Julie Balguerie y mêle la force du feu qui
sourd, invité en son teintage orangé mais assagi, tamisé
cependant par le format en arrondi de la pellicule ou par
des motifs du vif, ainsi des fleurs fragiles des champs à la
Lowder, petites et frémissantes.

L’usure du celluloïd, les craquelures, les perforations
impliquent le geste cinématographique mais elles
connotent aussi le feu qui détruit tout, en provoquant
ces émois esthétiques alors que la succession des plans
dans le champ, seul ou dupliqué, superposé, en ligne de biais fait poésie du monde. Du monde
simple où l’humain est visage de femme passant et où les mains miment le vol des oiseaux comme
on le ferait pour des ombres chinoises. Mais ces mains s’y animent, se doublent, se multiplient,
figuratives en intervalle avec des traces multipliées parfois quasi géométriques ronds ou carrés
et aformes, tordues, blanches, mouvantes et abstraites. Ces variations iconiques dont certaines
font signe vers le travail documentaire de sa région en feu, Julie Balguerie les double de celles du
sonore, d’abord élégiaque, plainte legato, assoupie… avant du mécanique plus bas, une envolée
plus heureuse sans exubérance et plus tard le hululement de l’oiseau. La terre reste proche des
préoccupations de l’artiste même si en cet opus, elle fait trace d’une performance actuée par
Adèle Tourte, Gaëlle Rouard et elle-même, à Lussas, le lieu du cinéma documentaire en 2023.

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Jean-Paul Devin-Roux, Phantom memories, 2025, 4’36 (FR)

       Film footage élégiaque, qui, en quelques minutes,
diffuse le parfum de ce film de sensations éthérées mais
puissantes. Il s’ouvre avec le lustre et les ornementations
baroques et les mouvements sur les plafonds ornés de
L’année dernière à Marienbad1, il suit les couloirs de
l’hôtel et traverse les allées du grand jardin en quête
d’Elle, la sublime aux robes simples et sophistiquées à la
fois, de satin et de plume en formes fluides sur le corps...
Il ne donne pas plus de certitude que le film originel,
labyrinthe de sens, de sensations, d’architecture ou de
jardins à la française. Des assertions de l’homme, croisées
au refus de la femme, des pistes vers le rêve non certifié comme rêvé, des gestes amoureux arrêtés,
d’autres élevés, repris en ailes d’oiseau dans un duo renvoyé. Les passages sont droits, couloirs ou
sentes et pourtant ils n’amènent nulle part ou au point de départ. Elle se glisse évanescente dans
les buis, d’un côté, de l’autre, elle doit en revenir, son corps perd de sa matérialité.

1. « Dans L'Année dernière à Marienbad, c'est « l'année dernière » qui compte, pas « Marienbad ». Je n'y ai jamais été,
et pas une image du film n'y a été tournée. C'est un leurre. Le film est construit sur l'incertitude, sur des sensations.
C'est sans doute cela qui a créé un mythe autour de lui, et l'a renforcé au fil des années. Mais, quarante ans après, je
vous le confirme : Marienbad est une pure illusion... » – Alain Resnais
Et puisque Alexandre Sune, en hors cadre, se réclame de L’invention de Morel d’Adolfo Bioy Casares, pour l’installation
si proche de celle-ci dans l'Atelier Ombres Blanches, comment ne pas citer ce que, certes, Resnais, réalisateur et Alain
Robbe-Grillet, scénariste de L’Année dernière à Marienbad refusent dans une interview aux Cahiers du Cinéma, en
1961, à savoir que le scénario aurait été inspiré par le dit roman.

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