Page 252 - Catalogue 2026
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PERFORMANCES  Les Abattoirs

       Les Abattoirs, Musée - Frac Occitanie

   Isabel Pérez del Pulgar, Dans la peau de Sisyphe (FR/ES)

   Les images du corps, de la nature et du temps traversent les questionnements d’un grand nombre
   d’œuvres d’Isabel Pérez del Pulgar. Elle réactualise des images du patrimoine en y faisant intervenir
   ses propres souvenirs ou rêves pour exprimer ce qui ne passe pas avec les mots.
   Sa performance Dans la peau de Sisyphe est une image qui précède le langage. Elle y duplique ce
   que le film éponyme projeté en fond, décrit dans une absence de couleur qui rappelle un cinéma
   expressionniste – Juha d’Aki Kaurismâki –, voire burlesque – Harold Loyd – de cinéphile.
   Une figure se meut sur une plage déserte, portant difficilement une grosse pierre sur son épaule.
   La référence à la figure camusienne de l’absurde y est flagrante. La pierre se saisit avec Sisyphe,
   dont s’étudie le geste, se sent la gravité terrestre, le sol qui se dérobe, l’arrachement au sol,
   l’élévation de la masse, l’instabilité, la chute. C’est une première fois. La performeuse reprend.
   Pas une répétition, ni une boucle. Le présent.
   L’action est complètement dépourvue de narration voire de destination, de point d’arrivée. Aucun
   début. Aucune conclusion. La non-histoire a déjà commencé, exactement comme l’arrivée au
   monde de chaque humain. Le temps de participer à cette image en acte, de poser des questions
   du comment, du pourquoi se prend.
   Le vêtement, entre le costume classique et la tenue professionnelle, fait tout à fait sérieux. Les
   chaussures et le bonnet sont protecteurs, lui évoquerait l’aviateur dans ce sable atterri. Il ne s’agit
   pas d’un loisir. Ce n’est pas non plus un métier.
   L’artiste est indissociable de l’œuvre en train de faire.
   Les paysages, décors, objets, localisateurs de ses œuvres précédentes, sont résumés à un simple

                                                                              rocher. Elle ne recourt pas non plus aux
                                                                              collages surréalistes présents dans ses
                                                                              œuvres précédentes.
                                                                              Isabel performe avec cette figure, qui
                                                                              n’existe que dans cet acte, rendant
                                                                              tangible la nature-même de l’artiste,
                                                                              humble à se courber jusqu’au sol pour
                                                                              affûter encore son geste au risque de la
                                                                              chute, de la blessure et du non-sens. Se
                                                                              mettre dans la peau de Sisyphe, c’est se
                                                                              représenter à l’œuvre inachevable.
                                                                              La performance d'Isabel Pérez del Pulgar
                                                                              est sa mise au monde.

                                                                                                                   Pascal Fayeton

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