Page 254 - Catalogue 2026
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PERFORMANCES Lesalonreçoit
Lesalonreçoit
Delphine Alliens, La noueuse (FR - Toulouse)
Dans la grande salle de Lesalonreçoit, Delphine Alliens a performé. Assise sur un coussin au coin
de la salle, face à un mur blanc, elle a tressé ses cheveux avant d’y attacher un morceau de tissu.
Au centre de la salle, d’autres morceaux de tissus sont entassés, blancs ou colorés, ils ont été
recueillis par l’artiste qui les a déchirés. Le tas de tissus est mis à disposition de l’assemblée.
Le processus de la performance repose sur leur participation même si rien ne leur est dit. La
performance s'avère happening. Ainsi, l’une se décide et accroche un morceau de tissu à celui
noué à la chevelure de la performeuse, lançant le mouvement suivi d’abord timidement, puis avec
enthousiasme puisque les nœuds se firent à deux, voire trois, simultanément, en un ballet animé
quelque peu chaotique des déplacements avec, ou pas, des commentaires heureux jusqu'à ce que
Delphine se lève en signe de fin.
Didier Samson : Comment as-tu vécu cette performance depuis ce coin où tu l'as initiée?
Delphine Alliens : J’étais très concentrée, je n’arrive pas encore à comprendre ce que j’ai vécu à ce
moment-là. Je sais qu’aujourd’hui, lorsque j’en parle, je manque d’air.
Quelles sensations as-tu éprouvées au cours de cette action ?
J’ai senti qu’à mesure que l’action se déroulait, mon corps se dispersait ou alors les limites en
devenaient plus floues. Comme si tout ce qui constituait l’essence de mon corps était contenue
dans l’attache de mes cheveux. Après avoir revu les captations vidéo, je me suis aperçue que les
sensations sont faussées, le cerveau ne peut pas s’empêcher d’imaginer, de traduire des sons, des
touchers et qu’il se trompe bien souvent.
Que penses-tu de la façon dont les regardeurs et regardeuses se sont comportés? En quoi a-t-
elle pu te surprendre? T’enrichir?...
Oui, j’ai été surprise. Je ne m’attendais pas à ce que leur tissage soit aussi étendu. J’ai été surprise
de réaliser qu’ils s’étaient organisés pour tisser alors même que le point de départ est très intime.
Le protocole demandait que les participants nouent et que, dans ce geste, ils pouvaient convoquer
leurs vœux, leurs désirs les plus personnels. Ce que j’ai vu ensuite, c’est que les intimes se nouaient
entre eux, formaient un maillage, une étendue de liens pour devenir une écriture collective. Il y
avait un métissage. Certains ont gardé un tissu en souvenir et tous ont choisi le tissu à nouer. Les
participants se sont organisés comme dans une société, chacun prenait ses fonctions pour que
l’action continue, ils y ont mis du collectif. Il y avait ceux qui tissaient, nouaient, il y avait ceux qui
faisaient passer les morceaux de tissus à ceux qui ne pouvaient pas y accéder, il y avait aussi ceux
qui soutenaient la tresse à la base de mon corps pour que je n’aie pas mal. Puis il y a eu le langage
qui est advenu et des actions vitales pour la survie de l’œuvre collective se sont inventées. J’ai été
surprise car, aujourd’hui, ce qui nous absorbe, c’est un côté beaucoup plus obscur des actions
humaines, un individualisme marqué et assumé; et là, à petite échelle, ça a bouleversé tout ça,
j’ai noté des individualités fortes qui voulaient imposer quelque chose, un acte, une direction,
mais dans l’ensemble, ce soir-là j’ai surtout noté cette envie de faire partie d’une collectivité, faire
partie d’une construction, d’un système qui évolue, qui progresse, et qui s’étend aussi. Comme
l’envie de faire perdurer une histoire collective. Mais j’ai aussi noté qu’on recouvrait mes épaules
avec le tissage. C’est un geste qui pour moi en dit long sur ce qui s’est passé ce soir-là. J’ai eu
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