Page 262 - Catalogue 2026
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ACTIONS  Lycée Ozenne

    Lycée Ozenne : Atelier mené par 3 artistes

Trois artistes de trois pays, de trois approches différentes, après projection sur le
mur de fragments de films, discutent avec vous de leur pratique, répondent aux
questions tous azimuts, loin de tout formalisme...

Michel Depatie

                                                                            Le premier volet de la réflexion de l’artiste
                                                                            Michel Depatie s’articule autour d’une
                                                                            rupture avec la conception indicielle de la
                                                                            photographie,traditionnellementperçue
                                                                            comme une trace objective du réel. En
                                                                            convoquant Nicéphore Niépce, l’artiste
                                                                            rappelle que l’origine de la technique
                                                                            repose sur une fixation du temps qui
                                                                            excède la vision humaine, pour aussitôt
                                                                            la confronter à la figure d’Hippolyte
                                                                            Bayard. À travers l'Autoportrait en noyé
                                                                            de 1840, il démontre que l’image est, dès
                                                                            sa genèse, un espace de "mise en scène"
                                                                            et de revendication politique plutôt
                                                                            qu'une simple preuve matérielle. Cette
                                                                            perspective s’inscrit dans les théories
                                                                            de la post-photographie portées par
Philippe Dubois et Joan Fontcuberta, où l’image numérique achève la transition de la « trace »
vers la « fiction ». Pour l’artiste, la photographie n’est pas le reflet d’une vérité préexistante, mais
l’expression d’une intention délibérée – un « mensonge » technique proposant une fiction et
ouvrant sur des mondes possibles. Le second axe théorique de sa pensée repose sur la nécessité
éthique de « réarmer le regard » afin de déconstruire les mécanismes de domination visuelle.
Cette posture critique s’attaque directement au male gaze /regard masculin en prenant la figure
de Delphine Seyrig comme levier de subversion contre l’érotisation passive du corps des femmes
à l’écran. Par l’intégration stratégique de la réalité augmentée, Depatie transforme l’objet de la
fascination en un sujet de résistance actif, redonnant ainsi une agentivité à l’image. Cette volonté
de briser les automatismes de la perception s’étend à une décolonisation du regard, nourrie par
trente ans de collaboration avec la nation Innu du Nord-Est du Québec. Il y remet en question la
légitimité même de « prendre » des photos, privilégiant une pratique qui ébranle radicalement les
représentations occidentales préétablies.
Son atelier débuta par un film où l'humour ne déparait pas la connaissance et ne lui interdit pas
une explication de son travail photographique avec réalité augmentée.

cf. l'exposition à l'Atelier Ombres Blanches, page 226

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