Page 27 - Catalogue 2026
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ENSAV Prémices  PROJECTIONS

Gabriele Rossi, Paysages intérieurs, 2025, 2'15 (FR)

       Film paradoxal au sens étymologique de distance de l’opinion, de l’idée commune, non
seulement parce qu’il étreint toutes les formes ne se restreignant pas aux règles d’un genre mais
parce qu’il renverse leur définition en un amour de celles-là, de leur capacité au non perceptible,
de leur composition d’un flottant haptique.
Il emprunte « Paysages Intérieurs » à la poésie verlainienne elle-même ayant emprunté à la
peinture, ce nom de genre le déconstruisant pour dessiner en vers ses états d’âme. Il lance en
clausule l’élan rimbaldien de L’éternité « C’est la mer allée / Avec le soleil » mais se souvient de la
plainte verlainienne « votre âme est un paysage choisi ».
Gabriele Rossi préfère la pellicule usée pour ses capacités à la dissolution des formes et indice –
très différent mais en hors-cadre – de son dessein, il opte comme mot de passe, pour « whistler »;
ce qui réveille, chemin faisant, le souvenir de l’attaque verbale du critique Ruskin, contre ce peintre
l’accusant « d’avoir jeté un pot de peinture au visage du public », ce à quoi, Whistler réagit par un
procès. C’était en 1878, l'attaque visait Nocturne in blue and Silver peint en 1871, dont, au premier
plan un pylône d’un pont barre l’espace. Gabriele Rossi aurait pu choisir Turner, justement dit
«peintre de la lumière » qui, du paysage connu faisait terre de mystère, qui osa des combinaisons
d’aquarelle et d‘huile et de produits inattendus comme le jus de tabac ou la vieille bière, qui partait
d’un fond blanc pour gagner en luminosité, qui refusait point de fuite et autre repère visuel quand
Gabriele Rossi recherche l’abîmé, la craquelure, le vieilli de la pellicule et tamise les contours sans
perdre la force de l’image.
Tous deux travaillent le suggestif par le médium bien au-delà d’un sujet à peindre, à filmer.
La sensation gagne. Un horizon y flotte, quelques élévations glissent mais dans l’amenuisement,
la perte des contours, l’« embuement » délicat ; subsistent un tremblant de rivage, un léger
changement du contour mais puisque film, autre dérogation au genre pictural, les plans varient
jusqu’à l’évaporation du trait. Ils varient dans la couleur du jaune irradiant, au blanc pâli avec
gouttelettes évanescentes. La pesanteur diluée, la légèreté profonde envahissent toute rugosité
perdue mais non la force, non l’attirance, non le ravissement en ses deux sens.
Espace suspendu au mouvement subreptice du film pris dans les élans de la bande sonore, œuvre
suspendue entre le matériel et l’immatériel.

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