Page 30 - Catalogue 2026
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PROJECTIONS ENSAV Prémices
Ainsi fragments d’images disposées pour en faire d’autres et mouvements changeants s’y
réunissent parvenant à la fonction du kaléidoscope, soit la suite rapide d'impressions et de
sensations vives et variées.
En signature, iloobia ajoute « cinéma » devant son pseudonyme. Et son film intègre en son champ,
diverses pellicules que les perforations distinguent en 35, 16 mm ou super 8. Il en change la direction,
en biais, verticale, horizontale ; il les superpose, les jouxte afin de saturer le champ ou en laissant de
l’espace libre, comme plusieurs fois pour la reprise simultanée ou en plans successifs du titre dont
les lettres volontairement malhabiles sont gagnées de sursaut, à l’unisson des plans. Il change
l’amplitude de ces fragments des trailers de divers films, huit s’échelonnant de 1986 à 2011, non
pas réunis par un genre ou un propos, ils se croisent du film d’espionnage,à la Science Fiction avec
voyage vers Mars, de problèmes amoureux d’une adolescente, à la mélancolie d’une femme sortie
de prison, d’une prise d’otage loufoque d’enfants partant à l’école à l’espionnage avec meurtres et
de boxe avec robot auquel apprendre ce sport devenu high-tech. Ils s’interpénètrent, fusionnent.
Le visage d’un protagoniste rencontrant celui d’un autre espace, d’une autre histoire, d’une autre
atmosphère. Certes, des visages se reconnaissent sinon des personnages, étonnamment Kristin
Scott Thomas croise Tommy Lee Jones et Hugh Jackman, Georgia Groom mais sans construction
narrative autre que leur impossibilité de quitter cet univers filmique.
Cependant ce sont davantage des appels de mouvements, ceux du visage se tournant en regard
adressé, ceux de l’usage du téléphone, ceux de la plongée en piscine.
Certes la musique serait davantage un marqueur de peur, de violence mais sans doute un brin
anxiogène, elle scande surtout le mouvement sans fin de la pellicule, avec des retours de fragments,
en variation de collage. Des traces de teintage, de couleurs posés mains là et là, des blessures du
matériau tirent plus encore vers le film comme celluloïd.
Le mouvement est le sien. Ce collage s’impose physiquement, et alors que l’animation ne privilégie
pas telle histoire mais le cinéma, elle va jusqu’à en retenir le non visible en salle, les amorces, les
notes rapides sur les bords, des chiffres, la marque de fabrique, l’indication trailer ou de scope, des
carreaux, etc., ainsi que la bande-son parfois doublée et tremblante.
Kaleidosprocket s’avère une partition dont les plans seraient des notes, lancées, reprises, blanches
et noires, en tempo différent, en phrasé différent, en volutes ou en lancers, une musique visuelle
à rejouer et qui affirme en coda son attachement à la pellicule, jusqu’à cette implication de
fragments rouillés, répétés, abstraits de toute narration.
L’artiste dit :
« Kaleidosprocket poursuit une exploration expérimentale de la reconfiguration de pellicules
abandonnées, délabrées et orphelines en collages complexes, réalisés à la main, en récits
fragmentaires et ambigus. La bande-son est construite et arrangée à partir d'improvisations live,
d'enregistrements de terrain et de documents audio trouvés. »
Simone Dompeyre
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