Page 31 - Catalogue 2026
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ENSAV Prémices  PROJECTIONS

Yossi Galanti, Echoed in Water, 2025, 2'26 (IL)

Echos dans l’eau, réverbérés dans l’eau
       Nécessité absolue et danger absolu, l’eau envahissante,

débordante, « noyante », écrase la logique temporelle, cette
ligne vers un futur que dessinent et désirent les hommes en
pensant aux lendemains meilleurs.
Ces jours futurs s'y renversent puisque un paysan que le
vêtement et l’outil des champs datent de l’époque médiévale
s’immisce parmi les plans décrivant nos contemporains,
marqueurs de diverses sociétés, eux-mêmes traversant diverses époques du XXe siècle. Tous sont
menacés de submersion, depuis un bateau léger attaqué par la houle, les flots, l’écume, sur le
rivage avec de piètres valises, le ressac ne présageant pas de répit ; une foule dont chacun.e est
couvert du même foulard blanc noué, écrasant leur individualité sont immobiles face à une non
perspective et des robots métalliques jouxtent dans l’inondation, des vaches aux grandes cornes.
Ces temps, en effet, ne sont pas des lendemains qui chantent. Et si un homme tente, en canot,
d’avancer, la tête d’un autre émerge de biais sans vie, les animaux sont emportés dans un
maelstrom, le tournoiement empêche l’avancée.
Le monde dystopique mêle les architectures quand l’eau n’efface pas les terres, les monuments
abîmés s’avèrent tout aussi transhistoriques : églises au clocher pointu du gothique et immeubles
de verre embourbés jouxtent des ruines.
Si divers visages et attitudes rappellent les codes du film hollywoodien de catastrophe, le recours à
l’IA provoque une perte d’optimisme, voire, concourt à l’inquiétude quand le sursaut indispensable
pour fuir, avec une petite valise s’avère plus que dérisoire… mais cela est aussi le sujet d’une œuvre
picturale.
En effet, l’art a très tôt sonné de telles alarmes, cela Yossi Galanti le sait et son film ne retient pas
en titre « Echoed » pour rien. S’il implique l’IA, il n'en abandonne pas le footage lié à l’inondation.
Il les lie en une atmosphère hypnotique alors qu'il se souvient aussi d'une œuvre picturale : le
Saint Elizabeth's Day Flood / L'Inondation du jour de la Sainte-Élisabeth du Maître de Heilige,
Elisabeth-Panelen / Panneau de Sainte Elisabeth, composée vers 1490-1495, pour commémorer
la catastrophe du 19 novembre 1421, jour de la Sainte Élisabeth et exposée à Amsterdam, au
Rijksmuseum.
L' œuvre en deux panneaux évoque un monde déformé, d’après la catastrophe, avec des décalages
de dimensions ne respectant pas les règles perspectivistes – têtes émargeant, corps plus grand
que ce qui les devance en premier plan ; plus encore, il assemble divers épisodes en un seul espace
dévasté, comme autre écho de ce que provoquent les inondations, débordant le rappel.
Il est la synecdoque des catastrophes, prélude ancien au monde actuel qui n’a pas su s’en prémunir,
qui n’a pas su retenir le modèle, même artistiquement tendu, de la faiblesse humaine devant les
forces naturelles. L’implication de groupes cherchant à partir, d’hommes portant des paquets en
est la métonymie. Inspirer l’IA du modèle médiéval rapproche les époques, écorne la notion de
progrès, fait du souvenir le présage tourmenté du passé que nous devrions re-construire.

                                                                                                          Simone Dompeyre
                                                                                                                                  31
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