Page 51 - Catalogue 2026
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Cinéma Le Cratère  PROJECTIONS

Filip Markovinovic, Prolaz/Passages, 2023, 1’ (RS)

       Passage multiplié, celui du temps puisque le film compose un collage de fragments de films
retrouvés de 1970, celui du footage en nouveau film, par ce passage d’écriture, celui de la proposition
de sens de ce nouveau montage : passage comme sujet/thème du film avec le topos du voyage,
du chemin de fer. D’emblée l’explicit au ras du sol, découvre le ballast de pierres concassées, et un
passage interne extérieur/intérieur. Là en rase campagne, avec voie de chemin de fer, surgissent
en flashes des éléments connotant le jeu et l’enfance métonymiques d’un appartement du passé.
« Passage » comme définition du film, de plans successifs formant une phrase visuelle en divers
modes et comme impossible arrêt d’une narration. L’échelle des plans et les axes se multiplient.
S’y glisse un mouvement saccadé de l’homme en pixilation alors même qu’il s’éloigne et disparaît.
Cet homme, seul, dans la campagne vide, à la faible végétation, en manteau élimé, sali, bénéficie
d'un gros plan portrait avant qu’il ne se cache le visage, les yeux et voit un autre paysage, mémoriel.
Le montage rapide d’objets – jouets, petits personnages, fourchette tournant sur elle-même
– débute en son pétaradant sur un radio réveil, notant 8:10, lui-même surmonté d’un soldat de
plomb, porteur d’une histoire à re-faire.
Entré dans le champ d’abord de dos, très vite de profil, puis de face il fixe un hors-champ qu’il
refuse de voir avant en l'inattendue pixilation de se faire un face à face de lui-même, et repart :
il porte le rôle de l’errant. La campagne en noir et blanc et le grain du 8 mm ouvre la perspective
des rails, géométrique en connotation de l’infini point d’arrivée – plan réitéré et final. Les poteaux
électriques sont de bois, le système électrique se réduit à des isolateurs et les sémaphores, très
simples sont faits d’un cercle et deux barres croisées.
Cependant l’histoire est celle d’un jeu filmique et de la pellicule : deux motifs, derrière les yeux
fermés, se lancent, celui du cercle y compris celui d ‘un autre œil du cinéma, cité en écran, et
celui du carré mais au-delà, la pellicule se voile, glisse une de ses perforations, se pare de l’érosion
comme d’une fleur spontanée du film lui-même. Le voie ferrée - Na pruzi / Sur la voie ferrée, est
celle du passage pellicule.

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Mathilde Schaub, ODELA, 2024, 10’53 (FR)

       « My style is a hybrid of fashion and art » – Mathilde
Schaub, diplômée en création de mode à Londres et des
Beaux-Arts de Paris
Odela, ce pourrait être un prénom féminin, ce pourrait être
le nom d’une divinité oubliée. Cela chante l’ailleurs.
Cela débute dans le noir et le silence comme en un début
d’initiation alors que le néophyte s’inquiète de ce qu’il va
découvrir et le souhaite.
Un son sans signifié se lance et s’interrompt simultanément
à des traces de lueur et du flottement d’être alors que
lumière/non lumière se succèdent jusqu’à l’inattendu flicker sur un visage en gros plan, lui-
même en mouvement et ébauche un geste, une main se glissant vers le bas. Le son bruitiste suivi
de musique transformant celle des Indiens d’Amérique mêlé très vite à de l’électro poursuit la

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