Page 47 - Catalogue 2026
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Lycée Ozenne PROJECTIONS
le reste du vivant lui étant assujetti alors le théranthrope entre dans cette logique-là et son image
prolifère.
Nous ne sommes plus des agro-pasteurs en voie de sédentarisation ; notre approche de l’animal
n’est plus la même, leur « utilité » non plus…
En filigrane, les artefacts glissent leurs raisons d’être y compris quand il s’agit d’un animal vivant.
En l’occurrence le souvenir de cet inouï déplacement d’un lapin tiré d'un lieu de recherches –
l’Institut National de Recherche Agronomique – pour intégrer la scène artistique jusqu’à sa mort
en 2002. L’artiste brésilien, Eduardo Kac, ayant repéré l’animal albinos devenant fluorescent sous
la lumière ultraviolette, l’exposa en Avignon, lors de l’évènement marquant de 2000 : La Beauté. Il
la baptisa Alba, le chercheur Louis-Marie Houdebine1 ayant accepté de lui céder.
Parfois c’est le spectaculaire, l’inédit qui est recherché parfois c’est l’art porteur d’autres
préoccupations, dont celle mêlée de la beauté.
La trace de l’« humanimalité » – selon l’hapax de Philippe Grosos – se redécouvre dans diverses
œuvres. Les théranthropes de François Lelong – artiste qui connaît les temps d’avant, les
temps des premiers Sapiens – exaltent la beauté, il fait « rapprochement » humain-animal en
de magnifiques bipèdes. Renne de 2,40m, fait de bois de renne, de chêne, de Hêtre, mais aussi
de ciment et de fibres végétales et matières organiques diverses ; tête haute de cerfs aux bois.
L'artiste commente « Le côtoiement de l’homme et des animaux sauvages, c’est avant tout ce
système complexe d’évitements et de tensions dans l’espace, une immense pelote de réseaux
inquiets qui se dissimulent et où il nous est parfois donné de tirer un fil. »
Inversement, les hybrides de zoo attestent du changement de paradigme : l’homme qui s’est cru
maître du monde, est obligé de prendre conscience de la terre gâchée, des animaux sacrifiés.
Les figurations de l’homme et de l’animal, en nouveau monstre, en hybride en sont indicielles
de même que la non correction des bugs voire leur recherche et le recours à l’IA pour ce collage
numérique signale l’éloignement du dessin, de la création faite par l’humain seul. En effet, « Les
théranthropes sont comme le révélateur d’un changement de mode d’être au monde » – Philippe
Grosos.
Simone Dompeyre
1. Louis-Marie Houdebine avait introduit dans leur génome, un gène codant pour une protéine fluorescente - provenant
de la méduse Aequorea Victoria. Ces animaux devenaient luminescents. Il s’agissait de recherche de «biomarqueur»
utile lors de l’étude d’une protéine, en recombinant le gène avec celui de ce que l’on cherche à étudier, qui portera
des propriétés de fluorescence faciles à suivre.
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