Page 56 - Catalogue 2026
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PROJECTIONS  Cinéma Le Cratère

Daniel Faubert, R//N, 2025, 0’47 (CA)

                                                  « L'idée d'un poète cherche l'idée d'un poème en traversant
                                                  l'idée d'un pays. » – Patrice Desbiens.

                                                         Le Canada qu’il caractérise comme un « pays qui est
                                                  tellement poli / qu’on se croirait presque libre » est celui de
                                                  Patrice Desbiens et de Daniel Faubert, les mots du premier
                                                  étant retenus comme vertèbres de ce film-hommage et
                                                  revendicatif en creux, contre la domination de l'anglais
                                                  jusqu'aux logiciels de montage.
Le film, en 47 secondes, si bref et si complet, footage emprunté aux films familiaux et/ou
publicitaires des années 1970 lançant leurs topoï de Noël et la remise de cadeaux, le trajet sur la
neige en traîneau de famille quittant la grange-écurie pour rejoindre la campagne proche après
la traversée du village, emportant ainsi des heureux. Et d'autres décalés, plus inattendus avec
des femmes plus âgées que celles qui, généralement dansent ainsi sur les tables, dans les films
hollywoodiens en agitant leur robe, celles-ci s'ébrouent en jupe à carreaux fort sage adéquate à
leur âge selon les codes sociaux.
La dérision fonctionne, par la superposition en très grandes lettres majuscules, des mots dits en
bouche... La doxa s’y renverse par cette articulation quelque peu forcée, le volume haut dépasse
le fonds sonore distordu d’un flipper désaccordé. Très logiquement, son ouverture garde visibles
les perforations avec bruits parasites et de très légères saccades et des raies parasites.
La voix performative, elle-même modifiée avec réverbération, est celle du poète injustement peu
connu en France – où on cherche ce que serait ce R//N titrologique et de fin de film – qui se lisent
comme « RIEN » prononcé par le Canadien mais le logiciel de frappe anglais aurait ainsi transcrit,
comme il l'a fait pour l'apostrophe de « qui n<ont » – Patrice Desbiens, qui compose en français,
sa langue maternelle, sans doute vécue comme le dernier rempart contre l’assimilation, contre
la pensée dominante anglophone, même si elle se « troue » de tels vocables. En ce film Printed in
USA en grandes lettres, traduit l’« imprimé » dit ou se confronte aux clichés du bonheur USA. En
ce film, le factice bonheur est lancé en image, perturbé par un montage rapide, proche du flicker,
sans reprise de respiration. Le contrepoint atteste de l’appauvrissement de l’être québécois qui se
cherche et se révolte en ces poèmes à découvrir, dans une langue vernaculaire, en mots simples
mais en trouvailles comme ce « pépin de pomme sur un poêle à bois » titre aussi d’un recueil de
1995 et réédité en 2001. Ou en pensée forte qui pourrait totalement caractériser aussi ce film-
reconnaissance d’un pays souffrant de la domination de la pensée Us qui le réduit à être ce « conte
de Noël imprimé en anglais » et contre lequel la pensée artistique agissante rue. Non sans humour
débordant et dévorant pour ce film qui a répondu à Dérapage, festival de film expérimental au
Québec, dont le critère premier est de ne pas raconter d'histoire. Il en a été le lauréat.

                                                                                                          Simone Dompeyre

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