Page 52 - Catalogue 2026
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PROJECTIONS Cinéma Le Cratère
formation d’un lieu autre, celui de l’étrangeté.
Et ce, d’autant que trois corps s’esquissent, deux plus jeunes – Awa Joannais et Camille Marchand
– quasiment nues, au simple string n’entravant pas le corps dansant, la troisième au visage plus
marqué darde un regard adressé, perceptible dans la pénombre. Un spot la perce touchant le
corps en mouvement ou gravant le visage.
Une fumée participe de cette difficulté à voir, dans cette épreuve initiatique. La femme crie sans
cri mais son visage sature le champ. Quelque chose a lieu.
La robe à vertugadin impose sa prestance alors qu’en officiantes, les deux jeunes femmes suivent
les canons de la danse contemporaine même si l’une n’en abandonne pas le pas sur pointes. Elles se
penchent, sur un murmure en boucle, se rapprochent, se frôlent alors la boucle de perle à l’oreille
de l’une se distingue dans le noir. Le vêtement est affaire sérieuse... Le métallisé du corps brille,
les transpose au-delà de l’humain. La seconde robe en drapé de corsage plus échancré, blanche a
suivi le délaçage de la première. Elle aussi est à panier mais n’entrave pas les mouvements codés,
lancé, arrêté, figures d’autres théâtres. La multi-artiste – Catherine Schaub Abkarian – connaît le
khatakali, théâtre rituel du Kerala, au sud de l’Inde, qui se « jouait , durant la nuit jusqu’à l’aube,
seulement éclairé par des lampes à huile lors de fêtes solennelles ». Elle femme – le khatakali
était réservé aux hommes – forte femme, sait la nécessité de concentration et d’énergie ; elle en
retient l’expression du visage, et fait les mudras – nom des positions des mains. Cela en un autre
cérémonial.
Ainsi, après un plan de buste, captant la lévitation d’une pierre noire brillante, un demi-ensemble
la centralise, assise dans la posture d'une déesse, et elle tient un plat au-dessus duquel le galet
rond, poursuit sa lévitation en un espace de sérénité.
Créer, dit-elle – elle pour Mathilde Schaub –, créer fait-elle, en effaçant les frontières entre les
genres. Mathilde Schaub qui pense la mode comme un médium artistique et le vêtement comme
une sculpture mouvante, pense celui-ci en performance et adoube celle-là, au-delà d’un simple
moment artistique, et la consacre au sens littéral.
Simone Dompeyre
Aitor Ibanez, Île tête nue, 2025, 9’20 (FR)
Le lieu « île » jamais n’est anodin ; éloigné, réclamant un
bateau ou la nage, se méritant et se soustrayant.
L’Île nue, ce fut un espace sans eau, espace de survie,
poignant, d’une famille de fermiers de la mer intérieure de
Seto et le film de Kanedo Shinto inoubliable.
Île tête nue, dès lors, n’arrive pas sans précédent ni sans
attente, d’autant que le syntagme sans outil de construction
de phrase y adjoint la tête, qui, ainsi, énoncerait nom de l’île
et/ou sa caractéristique. Et le titre survient en oblique peu alignée.
Ce qu’il advient se détache, en effet, particulier et particulièrement, laissant interloqué, enchanté.
Parce que, creusé, pris dans l’obscurité, le corps n’est plus corps mais forme entourée. Le corps
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