Page 78 - Catalogue 2026
P. 78
PROJECTIONS Cinéma Le Cratère
Cinéma Le Cratère
Séance Spéciale 50 ans du GIV
Groupe Intervention Vidéo, de Montréal
Cette programmation se concentre sur la permanence du geste, qu’il soit incarné
ou perceptible à travers la trace qu’il laisse dans le champ. Les premières œuvres
s’ancrent dans l’action, exemptes de toute emphase. Le corps visible amène à
réfléchir à ses limites – à sa séparation d’autres matières ou au mimétisme qui
peut les confondre –, à ses quêtes identitaires, aux étrangetés qui surgissent
lorsque l’action et son efficacité entrent en tension et à ses rapports haptiques
aux dispositifs. Ensuite, un déplacement s’opère lorsque le geste performatif se
transforme en action créative : l’acte de filmer, de capter le son ou de travailler la
pellicule s’affirme comme un geste fondateur et le processus de création – dans
l’interaction entre créateur·trice et outils – devient le sujet du film. À mesure que la
programmation avance, l’image devient le lieu d’une absence active qui s’ouvre vers
des formes plus poétiques où la mémoire se déploie dans la parole, le paysage et le
vivant. En parallèle, l'écran cesse d’être une simple surface de projection. Le champ
devient une matière récupérée, travaillée et altérée. Ainsi ce programme s’inscrit-
il dans une réflexion sur le geste comme origine de l’œuvre, non pas juste comme
action performative, mais comme acte fondateur dont la matérialité persiste et se
transforme, même lorsque le corps se retire du champ. Une dramaturgie fondée
sur le retrait progressif du corps.
Traces, gestes et retraits s’insère dans une histoire des pratiques expérimentales
réalisées par des femmes – au sens le plus large du terme –, souvent peu visibles
mais patiemment conservées, transmises et activées au fil des décennies. À ce titre,
la programmation participe aux événements fêtant le 50e anniversaire du Groupe
Intervention Vidéo, le GIV, centre d’artistes montréalais dédié, depuis 1975, à la
conservation et à la mise en valeur d’œuvres vidéo indépendantes réalisées par des
femmes et femmes+. Cet anniversaire rend hommage à une capacité singulière de
tenir dans le temps, malgré la fragilité du milieu, et d’ouvrir des espaces de visibilité
pour des œuvres radicales, différentes et des histoires longtemps tenues à l’écart.
– Verónica Sedano Alvarez et Daniela Paglione du GIV, commissaires invitées
78

