Page 76 - Catalogue 2026
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PROJECTIONS Cinéma Le Cratère
Joanna Platek, Cztery Sciany Pamieci / Four Walls of Memory,
2024, 11’46 (PL)
« Promenons-nous dans les bois / Pendant que le loup n'y est
pas / Si le loup y était / Il nous mangerait... »
Le dessin arrondi, précis sans accumulation de
réalisme, invente un monde où les fillettes nues courent
pour échapper aux loups aux dents acérées. Dans une forêt
aux longs troncs blanc-noir ainsi que des bouleaux des forêts
slaves, de petites cabanes sommaires de planches s’ouvrent
ou non lorsque des silhouettes masculines d’adultes, tête
chauve y déambulent.
Ils sont la non conclusion d’une étrange histoire, de ces contes que l’on racontait à la veillée pour
prévenir des dangers à s’aventurer hors des chemins balisés et à ne pas écouter les conseils des
anciens et qui se lisent encore, avant que le sommeil ne prenne l’enfant. Le loup – qui traverse tant
de contes voire de mythes – sauvagerie pour les uns, figure ambivalente à vénérer pour les autres
est souvent relié au Petit chaperon rouge menacé voire dévoré par le loup, pour s’être approché
trop de lui, jusque dans son lit. Puisque le conte renforce les normes et croyances du groupe ; il
est porteur de fondamentaux de la culture qui les invente et des conseils à suivre par les nouvelles
générations. « Suis le chemin indiqué, ne te hasarde pas dans les bois où guette le prédateur. »
Cependant l’enfant nue qui se découvre en courant derrière les arbres, furtivement, plus en
synecdoque du pied, de la jambe par le hasard du vent refermant la porte de la cabane où elle avait
pensé se protéger du prédateur – découvert de même par le dessin se précisant sur les deux – y
est rejointe par l’animal qui s’assomme. Dans Le Roman de Renart, celui-ci alors appelé Goupil,
est l’animal futé face à Ysengrin, le loup qui s’avère le trompé, le pas malin même si lors d’un
combat, il mord le bras au rusé. Il s'assomme lui-même contre le mur de mémoire.
L’enfant, visage rond, cheveux blonds slaves qui poussent dans l’enfermement de la cabane
indiciels du temps passé, corps sans forme, buste plat, elle est une petite fille d’abord désemparée.
Depuis l’intérieur, sa frimousse en étonnement, est prise par le rai de lumière venant de l'extérieur.
Des nuances de noir et blanc respectent ainsi la délimitation, clair pour dehors plus sombre
dedans et entre-deux quand la porte s’ouvre. D’autres textes s’immiscent porteurs d’autres
conseils comme « une porte doit être ouverte ou fermée » avec le poids des connotations. L’enfant
enfermée à son insu, avec le loup assommé pour s’être rué sans réfléchir derrière elle, décide
de rester avec la dépouille de l’animal dont elle a fait sa nourriture, son costume, sa couverture
malgré les mouches.
Rien de tragique, l’enfant qui n'a pas lu ses classiques, l'enfant du conte ressuscite, dans une
relecture étonnante – ainsi les mouches deviennent trompettistes, dansant, vibrionnant – de
petits traits les suivent, les entourent se mouvant aussi – au rythme jazzy de la musique venue du
transistor porté à l’épaule par un promeneur à l’extérieur. Le petit ventre grouille en petits bruits
et gros plan.
Elle a d’abord après son accoutumance au lieu et à la proxémie du loup inerte – malgré la masse
tendue, les dents acérées, le pointu généralisé du corps animal – mordu, à son tour, le bras avec
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