Page 73 - Catalogue 2026
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Cinéma Le Cratère PROJECTIONS
Une image seule a le pouvoir de déclencher un film ou seule une image.
L’artiste dit :
« Je monte un escalier. En haut, je trouve une histoire.
Une petite fille d’une autre époque, dans une maison abandonnée, dans un lac disparu, dans un
trou de mémoire.
Je fais partie de cette histoire, fantôme hésitant, perdu dans son propre imaginaire.
Je circule à pas de loup, tentant de localiser un souvenir évanescent. Mais ce souvenir en est-il
vraiment un, ou m’est-il imposé par la redoutable vraisemblance de ce qu’on imagine, à toute
heure du jour et de la nuit ?
Notre imaginaire nous appartient-il ou bien est-ce nous qui lui appartenons ? »
Simone Dompeyre
Amaïllia Bordet, No Home Movies, 2024, 9’28 (FR)
Un bruit de fond, quelques traits devancent une montagne
de tracés perturbés, le maillage du dessin informatique se
mêle à l’image photographique. Des zigs-zags débordent les
éléments comme ils débordent le corps d’un enfant, sur-cadré
d’une fenêtre, jouant avec de l’eau entendue incluant la mer ; du
costume de plage pointent des points rouges, le mouvement
se marque. Un noir lance ce rythme de plan iconique / noir /
plan iconique. Et avant la question d’être ou de ne pas être, qui
taraude le « je/IA », en un si bref instant, une ligne brisée fuse
comme les mouvements, dont la texture, la matière feraient
signe vers l’abstraction du réel, en mouvements rapides, depuis
le train de Juste le temps de Robert Cahen. Cependant l’abstraction totale qui suit, entraîne des
points désormais indiciels de l’image avec IA, avant le fantôme qui lui-même disparaît, comme un
autre plus tard surgit, seul, celui d'une femme, la mère non trouvée pour combler la tentative de
généalogie.
La trame répond assez élastiquement aux questions existentielles voire ontologiques d’un « je ».
Le pronom prononcé très détaché assure qu’il n’est pas la simple nécessité de la conjugaison du
verbe en français, que d’autres langues peuvent négliger. En effet, deux voix over entraînent les
images : celles d’une IA recherchant sa légitimité d’être, et celle du je-réalisatrice les emmêlant
en prolongeant le questionnement puisqu’apportant ce qui pourrait être – ses propres images
familiales ou pas. La petite phrase, en fin de générique, déborde le code en un conseil : « les
archives sont précieuses et garantes de la mémoire, conservez-les ou donnez-les ». Films de (sa)
famille ou d’un sans famille.
Le titre en joue, No home movies, « ceci n’est pas un film de famille » ou « ce film est d’un sans lieu»,
sans maison ou simple film de famille, outre son écho avec le dernier film, en 2015, de Chantal
Akerman s’entretenant avec sa mère d'abord de loin par écran interposé puis dans la cuisine de la
maison familiale à Bruxelles. La femme de 86 ans perdant de sa lucidité et de ses capacités, la fille
qui en souffre.
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