Page 126 - Catalogue 2026
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PROJECTIONS Centre Culturel Bellegarde
Céline Courtault Capelier, FLEURS, 2023, 5’ (FR)
La légende rapporte que ce qui interloqua les premiers
spectateurs des vues Lumière, au Salon indien du Grand
Café, boulevard des Capucines à Paris, ce ne fut pas Andrée,
le bébé du couple Lumière, mangeant entouré de ses parents
mais que les arbres et la plante derrière le trio bougeaient.
Nature pourtant assagie en pot et en jardin, dont certains
virent des couleurs dans ce plan en noir et blanc.
La fleur devint, très vite, un des motifs des ballets et
d’arabesques de jeunes danseuses entraînèrent les pans de
grandes robes de couleurs comme autant de pétales de la
fleur qu’elles étaient. La fleur ornementale et métaphore
d’objet de désir. Depuis, l’expanded cinema entraîne à
re-voir, à re-penser notre rapport à la nature, la faune et la flore n'y sont plus restreintes à des
descriptions d’un objet pour nous, à consommer mais vit/voit elle, la fleur pour la fleur. Dans le
refus d’une approche de savoir arrêté, se greffe un travail fait main refusant les produits toxiques
et c’est Fleurs de Céline Courtault Capelier.
Fleurs, le terme générique embrasse celles ramassées au long des pérégrinations dans la campagne.
Des pétales individuels, transparents, avec des nervures nettes prennent complètement la
pellicule, transparente ou légèrement colorée et qui parfois, garde son espace vide. Pas de limite
infligée par le désir de décrire en critères savants, la plante le fait elle-même.
Des fragments s’imposent, disparaissent, se suivent en une vivacité heureuse ; le mouvement est
fleur, la fleur est kinésique. Et cette réanimation passant du reconnaissable à l’abstraction, au sans
icône joue une partition à la Brahkage lorsque sur la pellicule, il fixa des ailes de papillon, de mites,
des fleurs et des feuilles, quelques graines.
Et se laisser emporter.
L'artiste dit :
« Quels rapports entretenir ou (re)découvrir avec la nature ? Être au contact et modifier nos impacts
avec le vivant, se réapproprier le temps pour regarder, procéder à une économie du geste... Est-il
possible de travailler sans chimie ? En cheminant dans la nature et les jardins, je pratique des gestes
originels dans un temps dédié à cette réflexion, se proposent alors des réponses. Il n'y a pas eu
besoin de laboratoire photographique pour cette pratique nomade et autonome. Le film FLEURS
est conçu à la main à partir d'herbiers cinématographiques. Résultat de plusieurs collectages de
fleurs prélevées à l'état sauvage ou domestique dans l'environnement méditerranéen, en Crête et
dans les jardins du Gard (France, 30). La musicienne Sylvia Monnier a collaboré à la création d’une
nappe sonore du film. La phase finale de réalisation a permis de rendre compte de la structure
du végétal par la mécanique de projection (EIKI 16 mm). Fabriqué sans produit chimique, FLEURS
révèle les fonctions du végétal traversé par la lumière ».
Simone Dompeyre
cf. page 276 débat sur l'écocinéma à Ombres Blanches
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