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Centre Culturel Bellegarde  PROJECTIONS

Céline Foussadier, BALADE, 2012, 4’04 (FR)

       Une fausse simplicité non au sens de tromperie mais
au sens du système filmique pensé. Le champ de blé, la
main de la jeune femme, son visage déformé par la prise à
bout de bras, le ciel si bleu qu’il appelle le « en bleu adorable
fleurit... » d’Hölderlin, mais, sans sa pensée religieuse mais
par sa douceur vive. Cependant, pas de crainte ni de douleur,
la superposition se fait comme portée par un léger vent, le
souffle générateur. Le retour des épis hauts ou penchés par
la main parfois poussant sous des gouttelettes et des taches
aqueuses filmiques, motifs réitérés, parfois renversant
l’orientation attendue et remontant.
Cela vibre en un subreptice décalage entre les plans, comme
les tiges sont mues par la main. Cela flotte entre deux temps
superposés où l’on est et n’est pas mais dans la limpidité portée par l’accord musical humain-
monde sous la luminosité pleine du jour ou le bleu allant vers la nuit. Ainsi même si Balade volette
fragile et heureuse, très pensée mais sans forme fixe, rapprocher ce poème visuel de la ballade
chantée serait forcé, pourtant, des vers de Guillaume de Machaud, qui vers 1341, écrivait Le remède
de Fortune, en cette nouvelle forme, s'y invitent :
Quant elle ot fine sa balade/ quand elle eut fini sa balade ( …)
Qui moult me fu plaisant et sade // Dedens le cuer et a l'oie /Qui fut très plaisant et gracieux dans
le cœur et à l'oreille »

N’est-ce pas aussi le « la » de la Balade de Céline Foussadier ?

Elle dit :
En tant que plasticienne, j'aime révéler la peinture vivante, en mouvement ainsi ai-je superposé
et mis en tension deux plans filmés afin de travailler avec les limites de la dématérialisation des
images, pour créer une nouvelle présence plus symbolique. Le montage agrège deux espaces/
temps en transparence, et crée un jeu de tension entres elles, de l’ordre de l’apparition et de la
disparition. « L’image est une création pure de l’esprit. Elle ne peut naître d’une comparaison
mais du rapprochement de deux réalités plus ou moins éloignées. Plus les rapports entre les deux
réalités rapprochées seront lointaines et justes, plus l’image sera forte - plus elle aura de puissance
émotive et de réalité poétique (…) Ce qui est grand ce n’est pas l’image - mais l’émotion qu’elle
provoque ; si cette dernière est grande on estimera l’image à sa mesure. » – Pierre Reverdy, Revue
Nord Sud n°13, Zurick, mars 1918.

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