Page 125 - Catalogue 2026
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Centre Culturel Bellegarde              PROJECTIONS

les plantes poussées là, ainsi la teinte s’apparente-t-elle à celle des herbiers d’Anna Atkins1 mais
sans défrichage, simplement pour le geste retrouvé du développement artisanal.
Il s’éloigne en quatre mouvements de la prise (de vue), il distingue les quatre mouvements, qualifiés
d’« anomalie », par un nombre avec virgule, entre parenthèse, fausse précision mathématique
pour une vraie re-vision du paysage. Les quatre anomalies ne constituent pas un itinéraire.
Il situe vaguement « quelque part entre Notre-Dame-du-Portage et l’Islet-sur-mer, au Québec »
tant ceci n’est pas un guide de voyage mais un ressourcement, qui sait reconnaître l’étrange dans
le proche. Il inverse les plans, insère deux arbres entre deux verticales de mer passant au noir… il
transforme l’eau de flottaison en noir ; il fait voler en un sens inversé à celui du mouvement du sol,
la cime des arbres eux aussi dans l’inversion totale.
Le son s’invente – au sens de « trouver » ce qui est en un lieu - comme s’invente le périple, en
bruits plus métalliques là, en montée de volume, en élans d’atmosphères partout puisque les sons
sont pris aux lieux.
Les nuages de fin n’ont plus rien de météorologique, matériau ouaté, ils saturent l’espace, de
même les reflets des arbres, avec des passages de blanc plus déréalisants encore, déclinent le
bleu.
Les mouvements refusent de préciser, ils égarent. Et quand, cela s’apparente à un geste familier,
celui de ramasser une grosse larve, réitérée dans le champ, ce n’est pas répondre à l’attente de
l’amateur de naturel, du sans anomalie, du sans laideur. C’est la seule implication humaine hormis
une ombre fugace.. Les lieux sont rendus aux lieux qui acceptent le cheminement.
C’est la faune dont ce temps accordé à la grue, dans le marécage ou en vol ; par deux fois la
libellule, en brillance et la larve.
C’est la flore locale dont les algues, mais elles subissant l’orage filmique, la superposition en
plainte des arbres aux troncs étroits, dénudés, le flicker… Les anomalies sont filmiques.
Ainsi le ballet des formes bleues, les taches vives du matériau, l’abstraction renouvelée par le
mouvement, le rythme visuel sont-ils de mains d’humains ce qu’inscrit en préambule de cet
endroit-paysage-pellicule.
Tant l’écocinéma décompose, fragmente, invente d’autres motifs du paysage induisant à repenser
notre rapport à l’existant.

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1. cf. texte sur l'écocinéma, page 276

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