Page 157 - Catalogue 2026
P. 157
Séances Spéciales PROJECTIONS
nationale « la seule fille » et à laquelle on reconnaît de n'être pas réduite, comme les autres
adhérentes à « un utérus ».
Qui en décrit ainsi, les rencontres fortes et pudiques quand on peut partager «innocemment» un
duvet ou sans pudibonderie, sa première fois, quand l'amoureux Fausto affirme garder à jamais
sa veste ainsi tachée de sang – macule qu'elle barre du rare crayon rose dans son refus d'un
tel dévorant amour. Et quand les dessins n'hésitent pas à alterner caresse sur le clitoris et sexe
masculin masturbé et corps en plaisir.
Ardenza, en effet, c'est aussi – quasi homophone du français – l'ardeur, la chaleur matérielles
comme la ferveur, l'intensité voire la véhémence des actes et des pensées et du militantisme, de
l'engagement dans la vie.
Et cette « ardenza » a tout lieu d'éclater dans l’Italie des années 1990 lorsque l'Italie succombe
à Berlusconi qu'un fragment du journal télévisé capte dans un moment de séduction, d'adresse
au peuple italien et à Forza Italia dont le drapeau flotte rapidement dans le champ et auquel
souscrivait le père du premier amour de la jeune Daniela, ce qui, sans doute, provoqua sa rupture
à lui sans mots ni explication vers elle qui en souffrit un réel gouffre. Elle se développe selon des
manifestations violentes ; Fausto y fut blessé, arrêté et mal traité – au sens médical de mauvais
traitements psychiatriques – jusqu'à perdre de sa pensée, de son élan de vie. Un dessin – le seul
qui détoure une photo du réel, d'un jeune homme lançant un projectile et au casque rouge, que
la main hachure hâtivement, particularise les relations tourmentées des deux jeunes; elle qui ne
l'aime pas, lui qui, bien plus tard, lui téléphone un message délirant d'amour absolu.
Même voilé, le film n'angélise pas le monde ni les contacts fussent-ils intimes entre les humains
ni n'en annule les méandres et les difficultés. Parfois cruelle sur elle en autoportait d'ogresse
de gâteaux, souvent contre Fausto s'étant enregistré sur cassette audio avec « une diction
boursouflée» disant Maïakovski « dont (elle) n'a rien à foutre » alors qu'il sait des mots la force.
Portraits touchants de Cristina malgré sa défection à la cause, dans sa boîte cercueil, en petite fille,
en poupée vêtue du ciré vert de sa vie, qui ayant l'action politique, s'était éloignée de ce « je » qui
la regrette et relate leur première amitié et ce détachement en ouvrant une séquence quasiment
«animable ». Cependant, Daniela de Felice préfère l'alternance du filmique mouvant par définition
et du dessin qui gagne une vibration d'être fait, là, sous la caméra si proche. En effet, l'ardenza est
aussi celle de la main qui prépare le fond, le peint, l'humidifie, l'éponge avant de prendre la plume
pour deux ronds, deux traits, deux demi-cercles qui, en autant de traits du visage, parviennent au
portrait de ses amours, de ses amis y compris Marx!, à l'autoportrait en actes, le plus souvent, lors
d'une étape de la vie– et dont un – le seul – revient par deux fois.
Parfois ils font scène comme pour l'accident de voiture qui tue Cristina mais ils restent hors de
la chambre « ardente », le mot est prononcé; la mort ne peut vaincre même si le dessin suit la
dégurgitation du sang.
Ils le font plus allegro, dans la description gentiment érotique du petit ami en footballeur aux
cuisses attrayantes. Ou plus dénotatifs, lors de la première fois et des rencontres avec la guitare
qui méritent divers croquis. Ou plus assertifs, ceux de l'interrogatoire avec lampe type bureau et
le policier ressemblant au père suivi de l'échange téléphonique et encourageant du père. Ils se
lancent comme autant de bouteilles de cocktail Molotov projetées par l'extrême droite, sur le
gymnase où sont réunis les militants de gauche, ceux qui chantent Bella ciao : la sympathie, elle
157

