Page 170 - Catalogue 2026
P. 170
INSTALLATIONS Chapelle des Cordeliers
Iryna Kliui, Reconstruction of memory, 2024 (UA)
en couleurs adoucies, rosées Qui dit « reconstruction » dit à la fois «
en plan fixes perte » et « projet de la combler », de combler
en cut et suivi de proximité affective. l’oubli. En douces images, Iryna récrit ce
passé de paix, passé bucolique en rétro-
projetant des photographies de famille, la
mère, la maison, sur papier-porcelaine choisi
pour sa transparence tout en faisant office
d’écran. La lumière le traverse. Le plan se
floute, se vaporise, se perd quasiment mais
s’y re-voit de face ou de profil, la vieille dame
accoudée à sa table.
Se remémorer, c’est lacer des images
retrouvées ; dire son affection en films
simples. Le faire en plans du proche, proche
en lieu, proche en parenté, c’est œuvrer,
en fluidité et flou
En commençant par la gare, les rails où l’herbe poussait entre les traverses ; sans chemin à
parcourir, retrouver la maison avec jardin et les arbustes, pris dans la lumière d’été adoucie. Entrer.
Ne pas annuler la surexposition alternant avec plus de précision dans la menace larvée que tout
pourrait, aurait pu s’effacer. Des ratures signalent la fragilité de cette mémoire à toujours revivifier
alors que le simple dispositif, d’un petit écran accroché, comme tenant seul en équilibre, à chaque
boucle ramenait
la dame âgée avec fruits
les fruits en saladier
un chien, regard adressé, en légère plongée, marque de proximité.
Une églogue qui préfère les images aux mots qui en répète certaines avec variations de luminosité,
ou d’axe pour la femme, en traces d’usure et l’imperfection parce que s’y préfère le battement de
cœur à la reconstitution figée.
L’artiste dit « Reconstruction de la mémoire médite sur la nostalgie en tant que patrimoine
immatériel, une archive affective transmise à travers des images. Le film reconnaît la physicalité et
la vulnérabilité de la mémoire, invitant à habiter l'intervalle où la mémoire devient à la fois intime
et inconnaissable, en une reconstruction façonnée autant par l'absence que par la présence. »
Simone Dompeyre
170

