Page 216 - Catalogue 2026
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INSTALLATIONS  Chapelle des Carmélites

carnation du Christ quand le verre, par sa transparence, renvoie à la chasteté et dès lors, à la vierge.
Les tables deviennent cènes.
La grenade – l’immortalité comme la groseille – ouverte, dans l’Antiquité, figure le sang répandu
d’Adonis, dieu phénicien de la végétation, le christianisme, en fait par la multitude de ses grains, la
figure de l’Église rassembleuse de peuples si divers en une unique foi mais aussi les cinq blessures
du Christ, comme les cinq pétales de la pensée et de l’églantine.
La nature morte est un rébus.
La tulipe comme la vanité de la collection, la rose l’amour miséricordieux de la Vierge, le bleuet
la double nature de l’incarnation du Christ pour le sacrifice et la rédemption, l’ancolie aux sept
pétales pour les vertus théologales : la foi, l’espérance, la charité et les cardinales: la prudence, la
justice, la tempérance et la force. Le chardon et la châtaigne tous deux protégés par des piquants
pour la vertu. Le narcisse et la jacinthe évoquent la mort comme le pavot le sommeil éternel.
Un temps immobile, du présent-là ; un lieu intérieur, table, étagère, niche voire encadrement; une
action absence d’action les objets sont là et une seule issue, la perte, la dissolution, la mort. Ce
qui appelle l’impératif latin, memento mori : souviens-toi que tu vas mourir, souviens -toi de ta
mortalité.
Les cartes de jeu, les dés à jouer, les bulles de savon autant d’images de la vacuité, de la vapeur, du
souffle, de l’éphémère ce qu’aussi induisent les instruments de musique aux sons éphémères et
tout élément concernant les sens du toucher, du voir, du goût, de l’odorat.
Vanitas Vanitatis de L’Ecclésiaste. « Vanité de s’attacher à ce qui passe si vite et de ne pas se hâter
vers les joies de ce qui ne finit point. » L’Ecclésiaste : « L’œil n’est pas rassasié de ce qu’il voit ni
l’oreille remplie de ce qu’elle entend. »
L’Imitation de Jésus Christ : « Vivez sur la terre comme un voyageur et un étranger à qui les choses
du monde ne sont rien. »
Ainsi les memento mori portent-ils sur les objets du quotidien, domestiques, familiers censés
devenir supports à la méditation.
Cependant, elle invite aussi à se penser selon l'inverse.

Et le Carpe diem ?
Simplement le texte dont on ne dit que l’incipit :
Carpe diem, quam minimum credula postero/«Cueille le jour présent sans te soucier du lendemain»,
« Ne cherche pas à connaître, il est défendu de le savoir, quelle destinée nous ont faite les Dieux,
à toi et à moi, ô Leuconoé ; et n’interroge pas les Nombres Babyloniens.
Combien le mieux est de se résigner, quoi qu’il arrive !
Que Jupiter t’accorde plusieurs hivers, ou que celui-ci soit le dernier, qui heurte maintenant la
mer Tyrrhénienne contre les rochers immuables, sois sage, filtre tes vins et mesure tes longues
espérances à la brièveté de la vie. Pendant que nous parlons, le temps jaloux s’enfuit.
Cueille le jour, et ne crois pas au lendemain. » Traduction Leconte Delisle, 1873

                                                                                                          Simone Dompeyre

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