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Chapelle des Carmélites  INSTALLATIONS

Anaïs Pélaquier, Je m’en lave les mains, 2015 (FR - Occitanie)

       Un fruit, celui qui cache sous sa
peau spécifique, épaisse ce qui induisit
son nom de multiples graines : mela
granata/ la pomme aux grains.

Un fruit venu d’ailleurs mais glissé dans
tant de textes, hors du temps puisque
cité en Perse, il y a plus de 5000 ans,
où il était cultivé dans les jardins
suspendus de Babylone, ainsi que dans
de nombreux textes grecs antiques,
ou Ulysse en reçoit en cadeau dans
l’Odyssée et des traités médicaux en
recommandent le jus contre les fièvres
et spécialement pour guérir les femmes.
Elle est la fertilité, dédiée à Aphrodite
comme à Héra, amour, plaisir et mariage
et on se souvient que Corée enlevée en enfer, en est libéré sous la condition qu’elle ne tient pas,
puisqu’elle mange sept grains de grenade, ce qui est équivalent au rituel du mariage, aussi devenue
Perséphone, elle doit passer quatre mois de l’année sous terre avec Hadès, son époux et les huit
autres mois avec sa mère Déméter à la surface, cycle des saisons et… résurrection. Et la grenade
de vaquer de texte fondateur en texte fondateur, dans les iconographies comme dans des rites ;
vers 1487, Botticelli la place dans la main de l’enfant de la Vierge à la grenade. Pour Roch Hachana
– célébration du nouvel an juif, – les grains se mangent un à un, un vœu étant pensé pour chacun.
Et puisque les œuvres à Traverse s’appellent de lieu en lieu, rappeler l’hommage à Paradjanov de
Ruzan Petrosyan1 qui, elle, monte des moments de tournage et des plans de ses films dont Sayat
Nova, nom du poète arménien du XVIIIe siècle, autre titre de La couleur de la grenade alors que
l’on sait que, parmi les plans enlevés par la censure soviétique non seulement figurent des scènes
érotiques, de sacrifices d’animaux mais aussi le suc/sang de trois grenades ouvertes en forme de
carte de l’Arménie réunifiée dont la grenade est un symbole.

Symbole polysémique et beau fruit, couleurs mêlées, rotondité en forme d’orbe – pour ceux qui
y voient le symbole du pouvoir divin –, différence dedans dehors, peau épaisse et graines tendres
mais anguleuses et la difficulté à la savourer son jus à la couleur rouge, coulant, maculant, graines
à détacher de leur gangue interne.

Ce fruit aussi chargé symboliquement ne pouvait que rejoindre les fruits des natures mortes et de
la peinture religieuse : si une pomme, près d’un verre de vin et d’un pain, signe le péché originel
près de l’Eucharistie rédemptrice, la groseille et la grenade signent la fécondité de la Vierge
comme la résurrection du Christ.

Cependant, l'été 1985, à Venise, ce n’est pas devant ce genre mais devant une peinture de l’École
Hollandaise « avec des corps, certains dressés, un autre mort » qu’Anaïs devant le sang s’échappant
de la tête de ce dernier y vit une certaine ressemblance : « on dirait une grenade ». Ce qui se réveilla
en elle, en impromptu, en 2014, lorsqu’elle pela elle-même le fruit grenade.

Si en hors-cadre, Anaïs Pélaquier revient à ce moment déclencheur, son film se consacre totalement

1. cf. page 191

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