Page 212 - Catalogue 2026
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INSTALLATIONS Chapelle des Carmélites
au fruit. Un fruit s'y pelant lui-même. D’abord un trou amorce la coupure, ainsi qu’une blessure,
puis une autre. L’écorchure s’autopoursuit. Les graines apparaissent ainsi qu’une blessure, du
jus suinte, la peau fait de petits tas. Jusqu’au dénuement total prenant l’espace et désormais
inattendues, les mains qui ont défait le fruit, l’ouvrent largement, les graines s’en extraient.
Le montage les a exclues jusque-là, préférant à leurs gestes de pelure de petits sauts à chacun des
changements. Malgré la musique de Bach qui participe à la beauté étrange de ce fruit sursautant,
la polysémie de grenade s’impose : le « dépeçage » plutôt brutal appelle l’arme ainsi nommée
pour ses forme et taille d’origine et parce qu’éclatée, elle lançait des éclats apparentés aux grains
du fruit. L’andante du concerto italien éloigne de ce tapage alors même que les grains occupent
désormais l’espace.
Et le « Je m’en lave les mains » titrologique éloignerait-il l’artiste de toute responsabilité ou plutôt
engage-t-il le geste, en antiphrase et en ramenant à la trivialité de se laver obligatoirement les
mains après dégustation du fruit. Détachement de tant de sens recherché/s devant une œuvre
quand il suffirait d’en savourer le suc et le goût à chaque fois particulier, y compris filmiquement.
Simone Dompeyre
Marshall & le Sherif, BreaRth, 2024 (BE)
Dans la chapelle des Carmélites, parmi les tableaux très grand format, relatant le thèmes
de l’ordre des Carmes et les épisodes de cet ordre réformé par Sainte-Thérèse d’Avila, sur l’autel,
encadré du même bois doré, de grand format aussi, un tout autre genre et projet que religieux
puisqu’une Nature – apparemment – morte.
BreaRth où le souffle breath est perturbé par sa graphie annonciatrice du projet. Plusieurs œuvres
mêlent le beau et le questionnement de notre usage des denrées alimentaires, des fruits et
légumes et de l’eau.
Les tableaux composent sur table nue ou nappe blanche à plis, produisant des changements de
lumière, en un premier plan saturant le champ, un amoncellement de fruits et de légumes pourris
et de fleurs fanées parmi lesquels deux petits brocs de céramique blancs, un grand vase et des
carafes de verre striées de barres verticales, des bouteilles de limonade avec leur bouchon à étrier,
ainsi qu’un bock à bière avec l'image d'un saint, emplis de vin à plusieurs hauteurs ou de fleurs.
Un crâne de petit animal en bout de table répond aux légumes, et divers piments de l’autre… les
légumes sont « locaux » ou plus exotiques, ils mêlent les saisons de ramassage. Des avocats avec
ou sans noyau jouxtent un melon, des pommes se mêlent à des prunes mauve et deux pastèques
partagées dont l’une aussi grosse que le saladier pleins de pêches et de citrons. Fraises et raisins
verts finissent de perturber les saisons naturelles de cueillette.
Il répond aussi au crâne baroquisant, très travaillé et aux orbites d’où une lumière pointe.
Une bougie rouge, écho aux légumes rouges malgré son chandelier de bronze travaillé, et l'une
des fonctions de ce genre porte la fragilité de la flamme, sans autre signe de l’éphémère, pas de
mouche, ni autre insecte cependant les fruits étonnamment sont tous pourris, les coques des
avocats racornies, les fleurs fanées baissent leur corolle, le pourrissement entache les tomates…
seules les crânes restent identiques et s’y révèlent les dents intactes de l’humain.
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