Page 224 - Catalogue 2026
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PHOTOGRAPHIES ENSAV
refusant la facilité d’un prompt décrivant l’image à obtenir. L’artiste, Anthoniy Val, ne part pas en
innocent, il étudie l’IA, son travail est conceptuel... Il revient à l’étape de la gravure non pas pour
graver une photographie afin de l’imprimer sur quelque support. Non, il retient le non-retenable
et en intitule son travail Rejected (beta).
Format restreint, le regard est aimanté, pris. S’y laisser prendre. Saisir le refus d’appliquer les
règles de composition perspectiviste. Il s’inscrit hors de l’optique conventionnelle ; il provoque,
grave des aformes. Il rejoint en ce médium nouveau, la quête du cinéma abstrait, mais il fige le
mouvement de sa musique visuelle. Il sait les recherches d’un Bokanowski, qui avec une caméra
préparée, 35 mm, avec lentilles non corrigées, avec papier calque ou verre dépoli, détruit cette
vision monocentrique et la précise captation de mouvements, de jeu sur la plage ce que dit son
Au bord du lac, 1993. Il refuse de copier l’œil humain, travaillant avec des plaques de métal, des
miroirs réfléchissants, modulant des étrangetés écho biseauté de mouvements humains, couleurs
hâtives.
Anthoniy Val ne suit pas davantage les principes de reproduction de la gravure ; reproduction si
liée à l’art que Benjamin, lui-même, la théorise en 1936, comme spécifique en art. Sa gravure/IA
n’est pas divulgatrice. Il opte pour la découverte – assistée certes, encore la cosa mentale.
Il garde la couleur du cuivre, il brille et en lui, se distinguent des noirs, sans iconocité. Pas de point
de fuite, pas de lignes de force, il ne recherche pas la « fenêtre ouverte » du De Pictura, d’Alberti,
« à partir de laquelle l’histoire (storia) représentée pourra être considérée. »
Cependant victime de paréidolie, devant ces neuf plaques, l’on peut se rassurer en reconnaissant
des formes, se rassurer en cherchant chacun dans son musée intérieur, l’œuvre en écho. Ainsi une
encre de Hugo, Le Mythem, vers 1855, dont la liste des composants est quasi un poème : plume,
pierre noire, encre, or, papier velin, lavis, fusain comme l’est la manière de faire pour Rejected. Le
double-pic éponyme s’éloigne du lieu à escalader, laiteux sous ciel encore plus évanescent, sur un
noir en vagues irrégulières avec du gris. Les effets de la lumière, des formes de l’imaginaire, le réel
plus indiscernable que visible.
Rejected (beta) est travaillé par des densités de lumière, des aléatoires ; il ne répond pas à ce
que doit être une image, il ne cisèle pas un contour mais approche l’instable, l’incertain. Ainsi
décider qu’il y aurait une espèce de lit sur pied, un drapé aux bords dévorés, une figure dévorée
par l’impression, un poteau sur un palier sans escalier, une silhouette illocalisable, les reconnaître
peut satisfaire la curiosité mais sans reconnaissance de l’œuvre d’abstraction, d’absence, de non
profondeur du champ autre que celui du questionnement intimant l’artiste à faire œuvre.
Retrouver dans cette œuvre, non l’apparence de choses, mais « l'obliquité » caractéristique
empruntée au linguiste Michel Riffaterre qui l’accordait au langage poétique alors que lui, accusait
« l’illusion référentielle » et la critique biographique puisque le texte/ l’œuvre renvoie à la langue/
art et à l’art/ aux conditions de production d'images – ici une impression UV sur vinyle contrecollé
sur plaque en cuivre.
L'artiste dit :
« Rejected (beta) est une série d’images issues d’un réseau de neurones antagonistes génératifs
(GAN) entraîné sur le dataset ImageNet Mini. Plutôt que de retenir les productions validées par le
Discriminateur – celles jugées « réussies », « vraisemblables » ou « apprises » – le projet s’attache aux
images rejetées : les résidus de l’apprentissage, les fragments défaillants du visible algorithmique.
Ces images « mal notées », « rejetées », ou encore « discriminées » par le Discriminateur constituent
une forme d’archive de l’erreur, une collection de tentatives infructueuses, de naissances avortées
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